Marc Thiébaud

Psychologue, spécialiste de l’accompagnement et de l’animation de groupe, Suisse
thiebaud[arobase]formaction.ch


Résumé

Ce texte a pour but de mettre en évidence quelques éléments saillants à partir de témoignages et réflexions rédigés par des participant·e·s à huit formations à l’animation de groupes d’analyse de pratiques. Ces formations de longue durée ont été développées depuis de nombreuses années en France, en Suisse et en Belgique. Leurs caractéristiques générales sont tout d’abord présentées. Puis des points de convergence dans les expériences des apprenant·e·s sont dégagés, en lien avec leurs processus d’apprentissage, les dynamiques d’évolution vécues (au niveau individuel et du groupe), les éléments facilitants, les obstacles rencontrés ainsi que les effets de la formation.

Mots-clés 

formation, animation, processus d’apprentissage, expérience, réflexivité

Catégorie d’article 

Témoignage ; synthèse et mise en perspective

Référencement 

Thiébaud, M. (2019). Comment apprendre à animer des groupes d’analyse de pratiques professionnelles ? Quelques éléments issus de témoignages en lien avec huit formations.
In Revue de l’analyse de pratiques professionnelles, No 19, pp. 5-18. http://www.analysedepratique.org/?p=4362.


download-icon Article en PDF                          et-info-comment Commentaires

 


How to learn how to facilitate professional practice analysis groups? Some elements from testimonies related to eight training courses

Abstract

The aim of this text is to highlight some salient elements based on testimonies and reflections written by participants in eight training courses in the facilitation of practice analysis groups. These long-term training courses have been developed for many years in France, Switzerland and Belgium. Their general characteristics are first presented. Then points of convergence in the learners’ experiences are identified, in relation to their learning processes, the dynamics of evolution experienced (at the individual and group levels), the facilitating elements, the obstacles encountered and the effects of the training.

Keywords

training, animation, learning process, experience, reflexivity


 

Deux numéros thématiques parus dans la revue de l’analyse de pratiques professionnelles (Thiébaud, 2019a, 2021) présentent huit formations de longue durée à l’animation de groupes d’analyse de pratiques professionnelles (APP). Suite à un large appel à contributions que j’ai fait dès 2017 en tant que coordinateur de publication, les concepteurs et conceptrices de ces formations ont rédigé un texte de présentation et réflexion de chacune d’elles. Ils et elles ont adressé simultanément un appel auprès de participant·e·s, lesquel·le·s ont à leur tour produit au total 10 articles de témoignages et réflexions en lien avec leurs vécus d’apprenant·e·s. Par ailleurs, deux chercheuses ont eu l’occasion de rendre compte dans un article d’une étude qu’elles ont menée en lien avec une de ces formations[1].

Le propos des lignes qui suivent est modeste : dégager quelques éléments ressortant des témoignages et réflexions partagés par les participant·e·s à ces formations. Dans une première partie, je présente quelques caractéristiques générales de ces formations. Dans la seconde partie, je m’attache aux points de convergence apparaissant dans les vécus rapportés par les apprenant·e·s. Ceux-ci sont en lien avec les aspects pour lesquels ils et elles ont été sollicité·e·s dans l’appel à contributions :

  • leurs processus d’apprentissage durant la formation ;
  • les dynamiques et évolutions vécues ;
  • les éléments facilitants ;
  • les obstacles rencontrés durant la formation ;
  • les résultats (compétences développées, pratiques d’animation mises en œuvre, etc.).

1. Quelques caractéristiques générales des huit formations

J’évoquerai ci-après des points communs, présents dans les huit formations considérées (voir les écrits de leurs concepteurs et conceptrices dans Thiébaud, 2019a, 2021 ainsi que le tableau figurant en annexe, en fin de texte). Il est frappant de constater qu’en ce qui concerne l’apprentissage de l’animation de groupes d’APP, ces formations comportent de nombreuses similitudes, même si elles ont été élaborées dans des environnements variés pour une diversité de destinataires et qu’elles présentent, pour une partie d’entre elles, plusieurs différences en termes d’objectifs, d’épistémologies, de prérequis pour l’inscription, de formes et de contenus de travail. J’exposerai ici ces caractéristiques générales de manière brève (en complément d’un texte antérieur ; voir Thiébaud, 2019b) dans le but principalement de faciliter la compréhension des vécus rapportés par les apprenant·e·s qui seront l’objet de la deuxième partie.

Priorité donnée au développement d’une posture d’accompagnement – facilitation

Ces formations à l’animation de groupes d’APP visent en priorité le développement chez les participant·e·s de compétences relatives aux processus qu’il s’agit d’observer, accompagner, faciliter et réguler. Si la connaissance de méthodes ou de dispositifs spécifiques n’est pas négligée, elle n’est cependant pas centrale. Cinq d’entre elles comportent par ailleurs dans leur cursus des modules ou des unités d’enseignement consacrées plus particulièrement à l’accompagnement.

Des formations conséquentes et de longue durée

Une posture d’accompagnement – facilitation ne s’acquiert pas sans un travail dans la durée (un an à deux ans et demi pour les formations considérées). Cela requiert un investissement important en réflexion personnelle et en temps. Entre 80 et 150 heures de cours sont consacrées spécifiquement à l’analyse de pratiques. Les formations comprennent par ailleurs plusieurs centaines d’heures de cours si elles développent des compétences plus larges (voir tableau en annexe).

Apprentissage expérientiel et implication

Ces formations reposent sur une logique expérientielle : se former à l’animation de groupes d’APP implique de se former par l’APP, et en particulier dans les différentes positions de personne animatrice, participante, exposante et observatrice. Ces apprentissages se développent à partir de l’expérience et avec l’expérience, elle-même objet d’analyses. Toutes les formations mettent à disposition, à des degrés divers, divers espaces d’apprentissage et d’entraînement dans ce but. Qui plus est, l’APP est utilisée dans plusieurs d’entre elles comme ressource pour d’autres modules ou unités d’enseignement (portant sur l’accompagnement, l’analyse de l’activité, la posture d’intervenant·e, etc.)

Développement de la réflexivité

Le travail réflexif est au cœur de ces formations. Il porte à la fois sur les processus d’animation et de groupe vécus, sur la posture de facilitation – accompagnement et sur les apprentissages effectués (la manière dont les participant·e·s développent leurs compétences, les mettent en œuvre et la façon dont la formation y contribue). Ce travail est favorisé notamment par les temps de méta-analyse durant lesquels les apprenant·e·s entraînent leurs capacités à analyser leurs propres pratiques d’animation.

Variété d’approches et multi référentialité

Ces formations proposent l’expérimentation de différents dispositifs, protocoles et méthodes en analyse de pratiques. Elles visent le développement chez les participant·e·s d’une capacité à se situer dans cette diversité et à ajuster les modalités d’animation d’APP en fonction des caractéristiques des groupes et de leurs contextes. Pour certaines d’entre elles, les approches considérées s’inscrivent dans un spectre particulièrement large (méthodes d’intervention en formation, accompagnement, analyse de l’activité, conduite de projet, facilitation du changement, analyse organisationnelle, etc.). Parallèlement, les huit formations privilégient les analyses de pratiques multi référentielles et ne proposent pas l’apprentissage d’un cadre de référence spécifique (psychanalytique, systémique, etc.).

Accompagnement, présence et implication des formateurs et formatrices

Les intervenant·e·s, et particulièrement les responsables de ces formations, offrent sur toute leur durée une disponibilité et un suivi aux participant·e·s. Ces derniers et dernières leur posent des questions, sollicitent leur accompagnement de manière informelle ou dans des espaces prévus à cet effet (séminaire d’intégration, groupe d’accompagnement et d’approfondissement, etc.)

Des formations certifiantes

Sept formations (sur huit) délivrent un diplôme suite à la validation de travaux de certification. Ceux-ci sont pensés pour favoriser l’intégration des apprentissages, dans la logique expérientielle de la formation. Ils comportent généralement une étude réflexive (élaborée individuellement et/ou en groupe) d’une analyse de pratiques menée.

2. Quelques éléments issus des écrits des participants aux huit formations

Dans la suite de ce texte, je présente les thèmes qui apparaissent le plus souvent dans les 10 articles témoignant des vécus et réflexions des 26 participant·e·s qui ont apporté leur contribution. J’ai procédé à une analyse de leurs contenus en identifiant les occurrences de différents thèmes. Pour le but visé dans cet article, je n’ai retenu que ceux qui sont présents dans une majorité des écrits.

Je précise que cette analyse de contenu n’a pas été conçue dans une visée de recherche. L’idée en a émergé suite à la lecture des textes réunis, comme un moyen de refléter certaines convergences qui sont apparues. L’objectif n’est pas celui d’une étude scientifique ou d’une comparaison des formations, qui aurait nécessité qu’un cadre soit défini pour la récolte de données. Les participant·e·s ont élaboré, en réponse à l’appel à contributions, leurs témoignages et réflexions de manière libre. Les productions écrites sont de formes diverses, d’ampleur variable. Elles développent parfois une analyse détaillée à partir des vécus, d’autres fois non. Elles sont tantôt ciblées sur des aspects spécifiques et tantôt plus globales (voir tableau ci-après).

Le corpus de données est donc hétérogène. Il permet cependant de dégager plusieurs éléments communs éclairant les dynamiques d’apprentissage vécues.

Lieu de formation Textes des participants Remarques
A.
Haute Ecole Pédagogique du canton de Vaud, Suisse

Un texte rédigé conjointement

par 4 participant·e·s

(Gemmiti & al., 2019)

Comprend
a) 4 témoignages individuels
b) une analyse menée en commun portant particulièrement sur les processus de changement vécus
B.
Université de Cergy-Pontoise, France

Deux textes rédigés conjointement :

1) par 7 participant·e·s

(Buchet Molfessis & al., 2019)
2) par 3 participant·e·s
(Collin Bétheuil & al., 2019)

1) apporte des témoignages suivis d’une analyse des changements vécus en formation

2) analyse des apprentissages effectués à la lumière d’une séance d’APP animée par une participante durant la formation

C.
Haute Ecole Pédagogique de Berne, Jura et Neuchâtel, Suisse

Deux textes rédigés individuellement, chacun par une participante

(Knuchel-Bossel, 2019 et

Chèvre, 2019)

Deux témoignages et analyses sur un plan global
D.
INSPE de l’Université de Bourgogne, Dijon
Un texte rédigé individuellement par un participant
(Ampère, 2021)
Témoignage sur un plan global et analyse d’une expérience d’animation d’APP
E.
Université Paul Valéry, Montpellier 2
Un texte rédigé individuellement par un participant
(Fremaux, 2021)
Témoignage et analyse sur un plan global
F.
Haute Ecole de Travail Social du Sud-Ouest, Genève
Un texte avec des témoignages de 2 participantes
(Avet L’Oiseau & al., 2021)

Porte plus spécifiquement sur l’expérience vécue durant un stage d’observation d’APP

Ecrit en partie conjointement avec les concepteur et conceptrice

G.
Université de Namur
Un texte réunissant trois témoignages produits individuellement
Denis & al., 2021)
Trois témoignages sur un plan global
H.
Rectorat de l’académie de Poitiers
Un texte réunissant trois témoignages produits individuellement
(Marzi & al., 2021)
Trois témoignages sur les résultats de la formation


Tableau 1 : caractéristiques générales des textes des participants

Ci-après, je présenterai successivement les thèmes les plus présents dans ces textes, en lien avec les aspects mentionnés dans l’appel à contribution. Je précise que tous les écrits n’ont pas traité de l’ensemble de ces aspects, ce qui ne signifie pas que leurs auteur·e·s n’auraient pas pu en témoigner. Par ailleurs, certains articles ont été rédigés collectivement et il n’est pas possible de différencier les vécus des auteurs. En conséquence, il ne serait pas pertinent de préciser à chaque fois le nombre de contributions dans lesquelles les différents thèmes sont évoqués.

Par ailleurs, je ne détaillerai et je n’illustrerai pas avec des extraits de textes chaque élément identifié. J’invite les lecteurs et lectrices à lire et explorer la richesse des écrits (qui sont tous accessibles en ligne ; voir http://www.analysedepratique.org/?p=3333 en ce qui concerne les formations A, B et C ; et http://www.analysedepratique.org/?p=4362 pour les autres).

2.1 Processus d’apprentissage vécu durant la formation

Apprendre dans l’action

Le principal processus mis en avant par les participant·e·s est expérientiel. L’apprentissage passe par l’action, la confrontation à des situations dans lesquelles il s’agit d’animer, d’être exposant·e, de participer à l’APP. En s’impliquant, en vivant ce que peuvent vivre des participant·e·s à des groupes d’APP qu’ils et elles animeront, en étant parfois pris·e·s par les émotions, remis·e·s en question dans leurs a priori, etc., les apprenant·e·s développent une compréhension intime de la démarche d’analyse de pratiques. Autrement dit, cela passe par le fait d’éprouver, de se trouver en situation potentiellement imprévue, de vivre des expériences singulières et réelles d’APP dans toute leur complexité.

Réfléchir sur l’action

Le travail de méta-analyse va de pair avec ce processus expérientiel : il permet de réfléchir aux vécus, de prendre du recul sur les dynamiques en jeu, d’affiner sa compréhension par rapport à la manière d’intervenir à tel ou tel moment de l’APP, de développer sa capacité à réfléchir sur soi. Les participant·e·s découvrent, avec le temps, que l’apprentissage de l’animation se situe au niveau d’une compétence à naviguer dans la complexité plutôt qu’à utiliser un protocole et vérifier qu’il est respecté dans le déroulement de l’APP. Les notions théoriques viennent soutenir ce travail de réflexion. Elles peuvent servir de points de repère, aider à s’orienter dans l’action, mais elles ne sont pas considérées comme devant la précéder et la guider.

Apprendre collectivement

Les participant·e·s relèvent dans leurs écrits l’importance des interactions dans le groupe de formation. Les échanges collectifs durant les séances de formation, dans des rencontres informelles, dans les entraînements en groupe de pairs, dans la réalisation de travaux réflexifs demandés, etc. apportent de multiples bénéfices. Ils sont une source continue de stimulations et de mises en questionnement en même temps qu’ils permettent de clarifier des doutes et des interrogations. Ils sont pour chacun·e l’occasion de confronter son expérience à celle des autres. Ces dynamiques sont rendues possibles par le cadre de sécurité construit dans le groupe d’apprenant·e·s. La sécurisation de l’espace d’interaction est très souvent relevée comme cruciale. Le travail de constitution du groupe de formation et le développement de la confiance en son sein font d’ailleurs partie des expériences et des éprouvés qui sont vécus comme très formateurs par les participants·e·s.

Une multiplicité d’expériences et de modalités de travail

Pour les apprenant·e·s, le fait de pouvoir vivre de nombreuses APP, dans les différents rôles, aide à progressivement intégrer les apprentissages, à prendre un certain recul dans l’activité d’animation, à trouver une relative aisance par rapport aux bases à assurer (garantie du cadre, soutien à la prise de parole dans le groupe, organisation de la séance, etc.). Ceci leur permet de s’impliquer de plus en plus dans l’approfondissement de leur posture d’accompagnement – facilitation. Parallèlement, la diversité des protocoles et dispositifs qu’ils et elles peuvent découvrir et expérimenter est considérée comme une source importante d’enrichissement. Elle leur permet d’élaborer une vision « méta » de l’APP, de ses différentes approches, de ses enjeux et des possibilités de développement de l’analyse de pratiques en fonction des caractéristiques des groupes et des contextes d’intervention.

2.2 Dynamiques et évolutions vécues

Remises en question avec des moments plus ou moins déstabilisants

Les participante·e·s témoignent pour la plupart de changements importants vécus progressivement dans le cours de la formation. Ceux-ci sont associés à un travail de remise en question personnelle notamment au niveau de leurs comportements et de leur posture en tant qu’intervenant·e. Au début de la formation, ils et elles peuvent vivre certaines difficultés liées aux incertitudes et imprévus rencontrés dans l’animation d’une APP. Ils et elles apprennent peu à peu à les accepter.

Transition

Plusieurs témoignages évoquent des processus de transition par étapes, par exemple pour passer d’une posture d’enseignant-e ou de guidance à celle d’accompagnant-e. Cette transition peut-être plus ou moins longue, avec parfois des déplacements identitaires, un travail au niveau des valeurs et de l’approche de la complexité, etc.

Construction de repères

Les participant·e·s peuvent tendre parfois à se sécuriser dans un premier temps avec des techniques sur lesquelles ils et elles souhaitent pouvoir s’appuyer. Progressivement, ils et elles développent, en même temps que des expériences réfléchies, une compréhension plus large des démarches mobilisées et de leur sens. Ils deviennent capables d’en intégrer les différents éléments (cadre, méthode, dynamique du groupe, etc.) et de se servir de références théoriques pour s’orienter et prendre du recul (par exemple, en différenciant analyse de pratiques, analyse de situations et analyse de l’activité).

2.3 Eléments facilitants

Parmi les éléments facilitants souvent relevés par les participant·e·s figurent :

  • La pluralité de personnes intervenant dans la formation, qui permet de bénéficier de différents regards et apports, d’aborder différentes méthodes, par rapport auxquelles il sera possible d’apprendre peu à peu à se situer.
  • L’élaboration d’un journal d’apprentissage personnel, l’utilisation de l’écriture pour développer la réflexion sur soi, noter les questions sur lesquelles il sera utile de revenir, développer une prise de recul par rapport aux apprentissages.
  • La confiance vécue dans le groupe d’apprenant·s et avec les formateurs et formatrices, qui permet notamment de partager ses doutes et ses difficultés, de solliciter des éclaircissements, de l’accompagnement, du soutien selon besoin, etc.
  • La multiplicité des possibilités d’entraînement, entre apprenant·e·s et en dehors de la formation.
  • Les occasions de travail en profondeur, dans des moments expérientiels et de méta-analyse sur un jour entier voire deux jours consécutifs.

2.4 Obstacles rencontrés durant la formation

Si l’on fait abstraction des moments évoqués qui peuvent être vécus comme déstabilisants dans le cours de la formation, essentiellement trois éléments freins ressortent des propos des participant·e·s.

Le manque de temps et de disponibilité

La plupart des participant·e·s évoquent une lourde charge de travail professionnel à laquelle s’ajoute l’intensité de la formation. Le rythme exigé par celle-ci peut rarement être adapté et la disponibilité pour les apprentissages est parfois insuffisante.

La pratique dans le groupe de formation et ses limites

Les APP dans le groupe de formation ont l’avantage de permettre des expérimentations dans la sécurité. Avec le temps cependant, elles révèlent aussi des limites : le groupe des apprenant·e·s est trop « parfait », bienveillant, expérimenté par rapport à d’autres groupes qu’il faudra animer, dans lesquels peuvent se manifester différentes formes de réticences, d’enjeux et de dynamiques d’influence.

Difficulté de pratiquer dans le milieu professionnel

Un autre élément revient à plusieurs reprises, qui n’est pas lié directement à la formation mais à la possibilité d’animer des APP en dehors de celle-ci. L’obstacle réside souvent dans le manque de compréhension du milieu professionnel par rapport à l’intérêt et aux conditions requises pour les APP. Si la formation offre des occasions de pratiquer l’animation, elles ne sont souvent plus là au terme de celle-ci. Cet élément s’avère critique pour l’intégration des compétences en APP, selon des enquêtes effectuées par Muller & Thiébaud (2019) et Thiébaud (2016). De manière générale, le manque de soutien de l’environnement professionnel est relevé par certain·e·s participant·e·s comme un frein au transfert et à la consolidation des apprentissages et des changements de posture.

2.5 Résultats (compétences développées, pratiques d’animation mises en œuvre)

Mise en œuvre des acquis en APP

L’utilisation des acquis (capacité de facilitation, méthodes d’APP, etc.) dans des groupes d’APP animés est mentionnée comme résultat principal. Les participant·e·s soulignent à cet effet l’importance d’un entraînement préalable suffisant pour être en mesure d’assurer l’animation dans des groupes qui ne comprennent pas toujours les exigences de la démarche et d’ajuster les modalités travail en fonction des groupes et du contexte. La nécessité d’une supervision est également mise en avant par certain·e·s.

Changement de posture et de regard

Les participante·e·s mettent en évidence des apprentissages qui dépassent l’activité d’animation de groupe d’APP : les aspects en lien avec le développement de l’écoute, de l’art du questionnement, de la posture d’accompagnement reviennent à chaque fois comme des éléments qui sont transférés dans la pratique professionnelle quotidienne, quel qu’elle soit. Est évoqué également un changement de regard sur son métier (d’enseignant·e, de soignant·e, d’éducateur ·rice, de gestionnaire, etc.) avec une compréhension plus fine de la pratique et une prise en compte renouvelée de ses dimensions notamment humaines et relationnelles. La capacité à adopter plus facilement une position « méta » va de pair avec une prise de recul et de distance ainsi qu’une plus grande assurance face aux situations complexes rencontrées.

Changements identitaires et professionnels

Certain·e·s participante·e·s mentionnent que la formation a été un soutien à une reconversion professionnelle. Ils et elles témoignent non seulement d’ajustements dans leur pratique, mais aussi de changements plus profonds au niveau de leur identité professionnelle et de la manière dont ils et elles mobilisent les compétences acquises dans les heures consacrées à l’APP comme dans d’autres unités d’enseignement transversales voire dans d’autres formations.

Pratiques d’animation et développement de groupes d’APP

Le développement de nouveaux groupes d’analyse de pratiques professionnelles est évoqué dans une partie des contributions par les participant·e·s qui ont l’occasion d’animer des groupes d’APP. D’autres évoquent des projets dans ce sens ou s’activent pour créer de telles possibilités, même si leur milieu ne soutient pas toujours a priori ces initiatives.

3. Pour conclure

Le corpus constitué par l’ensemble des textes publiés en lien avec ces huit formations est riche d’enseignements. Il permet de mettre en évidence de nombreux points de convergences relativement aux processus d’apprentissage développés. S’il n’a pas été réuni dans une perspective de recherche, il pourrait lui servir de base, soit dans une visée de méta-analyse (moyennant enquête complémentaire), soit pour inspirer des études ciblées, telles que celle réalisée par Muller et Thiébaud (2019). L’importance de la professionnalisation des animateurs et animatrices et des formations à l’APP a été mise en avant par plusieurs auteur·e·s tel·le·s que Faingold (2006), Blanchard-Laville (2008), Lepage, Robo & Calmejane-Gauzins (2014) Thiébaud (2015) ou Chocat (2018). Cependant, des recherches à leur propos n’ont à ma connaissance pas encore été menées.

La lecture de ces textes montre la complexité à la fois de l’animation de groupes d’APP et des apprentissages requis à cet effet. Les éléments qui en ressortent sont susceptibles d’inspirer les personnes désirant se former à l’APP comme les concepteurs, conceptrices et intervenant·e·s de ces formations. Ils montrent clairement des chemins à valoriser.

Références bibliographiques

Ampère, F. (2021). Retour d’expérience sur la formation à l’animation d’un groupe d’APP en master « Accompagnement et Analyse des pratiques professionnelles ». In Revue de l’analyse de pratiques professionnelles, No 19, 40-52. http://www.analysedepratique.org/?p=4372.

Avet L’Oiseau, S., Loser, F., Vittori, E. & Stabile-Zbaeren, V. (2021). Stage d’observation dans un dispositif d’analyse des pratiques professionnelles : regard croisé entre stagiaires, animatrice et animateur. In Revue de l’analyse de pratiques professionnelles, No 19, pp. 93-117. http://www.analysedepratique.org/?p=4407.

Blanchard-Laville, C. (2008). Vers une professionnalisation des analystes de la pratique pro-fessionnelle. La nouvelle revue de l’adaptation et de la scolarisation, 41, pp. 135-144.

Buchet Molfessis, C., Dubost, S., Figarol, M., Force, F., Grenadou, C., Lanata, P. & Le Téno, F., (2019). Des expériences croisées vers la prise en charge d’un dispositif ouvrant l’accès au sujet professionnel. In Revue de l’analyse de pratiques professionnelles, 15, pp. 78-95. http://www.analysedepratique.org/?p=3368.

Chèvre, A. (2019). Témoignage d’une formation à l’animation de groupes d’APP. Apprendre par la pratique d’animation de différentes formes d’APP. In Revue de l’analyse de pratiques professionnelles, 15, pp. 147-154. http://www.analysedepratique.org/?p=3375.

Chocat, J. (2018). Se former à animer un groupe d’APP : proposition d’un cadre pour un programme de formation. In Revue de l’analyse de pratiques professionnelles, 12,
pp. 40-52. http://www.analysedepratique.org/?p=2867.

Collin Bétheuil, N., Farhat Diot, C. & Jusot, I. (2019). Emotion, contenance et mise en sens en Analyse Réflexive des Pratiques Professionnelles. In Revue de l’analyse de pratiques professionnelles, 15, pp. 96-115. http://www.analysedepratique.org/?p=3367.

Denis, G., Duerinckx, E. & Duvivier, S. (2021). Témoignages en lien avec la formation du MAPEMASS. In Revue de l’analyse de pratiques professionnelles, No 19, pp. 136-148. http://www.analysedepratique.org/?p=4411.

Faingold, N. (2006). Formation de formateurs à l’analyse des pratiques. Recherche et formation, 151, 89-104.

Fremaux, C. (2021). Se former à l’animation d’analyse de la pratique à l’Université. In Revue de l’analyse de pratiques professionnelles, No 19, pp. 66-71. http://www.analysedepratique.org/?p=4382.

Gemmiti, L., Mounerat, M-C., Roch, C. & Weber, S. (2019). Témoignages autour de la formation à l’accompagnement et à l’analyse de pratiques professionnelles. In Revue de l’analyse de pratiques professionnelles, 15, pp. 31-48. http://www.analysedepratique.org/?p=3349.

Knuchel-Bossel, M. (2019). La formation à l’animation de groupes d’APP : une initiation au macramé. In Revue de l’analyse de pratiques professionnelles, 15, pp. 138-146. http://www.analysedepratique.org/?p=3373.

Lepage, J.-P., Robo, P. & Calmejane-Gauzins, C. (2014). L’analyse de pratiques professionnelles. Trois questions à Jean Pierre Lepage et Patrick Robo. Revue de l’analyse de pratiques professionnelles, 4, pp. 35-41. http://www.analysedepratique.org/?p=1381.

Marzi, E., Souchaud, J. et Roche, V. (2021). Témoignages sur le parcours de formation à l’animation de groupes d’analyse de pratiques professionnelles dans l’académie de Poitiers (2017-2020). In Revue de l’analyse de pratiques professionnelles, No 19, pp. 163-167. http://www.analysedepratique.org/?p=4415.

Muller, N. & Thiébaud, L. (2019). APP, identité et pratiques : deux recherches autour d’une formation en accompagnement individuel et collectif. In Revue de l’analyse de pratiques professionnelles, 15, pp. 49-59. http://www.analysedepratique.org/?p=3351.

Thiébaud, M. (coord.) (2021). Se former à l’animation de groupes d’APP : processus et expériences (2ème partie). Revue de l’analyse de pratiques professionnelles. No 19. http://www.analysedepratique.org/?p=4359.

Thiébaud, M. (coord.) (2019a). Se former à l’animation de groupes d’APP : processus et expériences. Revue de l’analyse de pratiques professionnelles. 15. 154 pages. http://www.analysedepratique.org/?p=3333.

Thiébaud, M. (2019b). Se former pour animer des groupes d’analyse de pratiques. In Revue de l’analyse de pratiques professionnelles, No 15, pp. 4-11. http://www.analysedepratique.org/?p=3377.

Thiébaud, M. (2016). Devenir compétent dans l’animation de groupe d’APP.  In Revue de l’analyse de pratiques professionnelles, 7, pp 28-53.
http://www.analysedepratique.org/?p=2051.

Thiébaud, M. (2015). Animer un groupe d’APP, ça s’apprend. Oui mais comment ? Retour sur les formations et l’expérience développées en Suisse. In Revue de l’analyse de pratiques professionnelles, 5, pp. 31-47. http://www.analysedepratique.org/?p=1681.

 

Annexe

Quelques données générales relatives à chacune des formations

Formation Durée, nombre d’heures de cours[2], crédits ECTS Remarques
A.
Diplôme d’étude avancée « Accompagnement individuel et collectif : coaching et analyse de pratiques professionnelles »(Haute Ecole Pédagogique du canton de Vaud, Suisse)

Depuis 2006

Durée : 2 ans et demi
Environ 120 heures de cours consacrées à l’APP (sur un total de 320)

30 crédits ECTS

Formation certifiante

Formation liant étroitement l’apprentissage de l’accompagnement (individuel et collectif) et de l’animation de groupe d’APP. L’APP est utilisée comme ressource tout au long de la formation
B.
Master « Formation de Formateurs à l’Accompagnement Professionnel ». Unité d’Enseignement (UE) « Analyse de pratiques et identité professionnelle »(Université de Cergy-Pontoise, France)

Depuis 2010

Durée : 2 ans

2 UE, soit plus de 50 heures de cours consacrées spécifiquement à l’APP
(sur un total de 312)

Formation certifiante

Formation à l’accompagnement et à l’APP
C.
Certificat d’étude avancée « Animation de groupes d’analyse de pratiques professionnelles »(Haute Ecole Pédagogique de Berne, Jura et Neuchâtel, Suisse)

Depuis 2016

Durée : 18 mois

120 heures de cours (entièrement consacrées à l’APP)

12 crédits ECTS
Formation certifiante

Formation centrée sur l’animation de groupes d’APP
D.
Master « Accompagnement et Analyse de Pratiques Professionnelles », Institut National Supérieur du Professorat et de l’Éducation de l’Université de Bourgogne, Dijon

Depuis 2017

Durée : deux ans

Environ 75 heures de cours spécifiquement pour l’APP
(sur un total de 300)

Formation certifiante

Formation à l’accompagnement et à l’APP
E.
Master 2 « Analyses et Conception en Éducation et Formation (ACEF) »,Université Paul Valéry, Montpellier 2, département Sciences de l’Éducation

Durée : un an

Plus de 50 heures de cours consacrées spécifiquement à l’APP

(sur un total d’env. 600)

60 crédits ECTS

Formation certifiante

Formation comprenant différents enseignements articulés (APP, analyse de l’activité, identité professionnelle et rapport au travail, etc.)
F.
Certificat d’étude avancée de spécialiste en analyse des pratiques professionnelles dans le domaine de l’action sociale, éducative, psychosociale et de la santé,Haute Ecole de Travail Social du Sud-Ouest, Genève

Depuis 2016

Durée : un an

Plus de 50 heures de cours consacrées spécifiquement à l’APP (sur un total de 150)

15 crédits ETCS

Formation certifiante

Formation comprenant trois modules (évolution des métiers et des conditions de travail, construction identitaire et postures d’intervenants, analyse de la pratique)
G.
Master de spécialisation en Accompagnement des Professionnels de l’Education, du Management, de l’Action Sociale et de la Santé (MAPEMASS), Université de Namur(Département éducation et technologie)

Depuis 2017

Durée : deux ans

Environ 110 heures de cours consacrées spécifiquement à l’APP (sur un total de 330)

60 crédits ECTS

Formation certifiante

Formation comprenant 16 unités d’enseignement dont six sont dédiées à l’APP ou utilisent l’APP comme ressource
H.
Formation de formateurs – Dispositif de formation : analyse de pratiques et travail réflexif (plan académique de formation continue du Rectorat de l’académie de Poitiers)

Depuis 2017

Durée : un an environ

78 heures entièrement consacrées à l’APP Formation

non certifiante

Formation centrée sur l’animation de groupes d’APP

 

 

Haut de page

 

 

Notes

[1] Des contacts ont eu lieu avec les concepteurs de deux autres formations, qui n’ont pas (encore) pu rédiger une contribution, en raison d’un manque de disponibilité et de temps.

[2] Il s’agit d’heures en présentiel, auxquelles s’ajoutent généralement le double de temps en travail personnel. Seules les heures de cours spécifiquement centré sur l’apprentissage de l’APP sont indiquées. Dans plusieurs formations, l’APP peut être également mobilisée dans d’autres unités d’enseignement aux modules, comme ressource ou elle peut être l’objet de réflexions et mises en articulation. Ces heures ne sont pas comptées ici.