{"id":3178,"date":"2018-12-23T17:46:31","date_gmt":"2018-12-23T16:46:31","guid":{"rendered":"http:\/\/www.analysedepratique.org\/?p=3178"},"modified":"2021-10-08T17:19:38","modified_gmt":"2021-10-08T16:19:38","slug":"le-langage-comme-support-au-travail-de-lanalyse-de-pratiques-professionnelles","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.analysedepratique.org\/?p=3178","title":{"rendered":"Le langage comme support au travail de l\u2019analyse de pratiques professionnelles"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<h3><em><b><strong>Bertrand Lessault<\/strong><\/b><\/em><\/h3>\n<p><em>Docteur en psychologie du travail, sociologie des organisations, IUT Orl\u00e9ans<br \/>\n<a href=\"mailto:bertrand.lessault@univ-orleans.fr\">bertrand.lessault[arobase]univ-orleans.fr<\/a><br \/>\n<\/em><\/p>\n<table style=\"height: 95px;\" border=\"0\" width=\"667\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td valign=\"top\" width=\"319\">\n<h3><em><strong>Jean Chocat<\/strong><\/em><\/h3>\n<p><em>Cadre de sant\u00e9, formateur &#8211; I.F.S.I.<br \/>\n<\/em><em><a href=\"mailto:Jean.chocat@orange.fr\">Jean.chocat[arobase]orange.fr<\/a><\/em><\/td>\n<td valign=\"top\" width=\"307\">\n<h3><em><b><strong>Sophie Leymarie<\/strong><\/b><\/em><\/h3>\n<p><em>Psychologue clinicienne, CHU de Limoges<br \/>\n<\/em><em><a href=\"mailto:sophie.leymarie@chu-limoges.fr\">sophie.leymarie[arobase]chu-limoges.fr<\/a><\/em><\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<h4><strong><i><br \/>\n<\/i><\/strong><i>R\u00e9sum\u00e9<\/i><\/h4>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cet article questionne, lors de s\u00e9ances d\u2019analyse de pratiques professionnelles (APP), la position du langage comme processus visant d\u2019une part, \u00e0 exprimer la relation du sujet \u00e0 la pratique professionnelle et d\u2019en expliciter les d\u00e9terminants et, d\u2019autre part, \u00e0 engager le groupe vers un travail de co-construction tendant \u00e0 rendre plus intelligible la pratique professionnelle pour la d\u00e9velopper. Il s\u2019agit ainsi, par la mise en mouvement d\u2019un dialogue au sein du groupe d\u2019APP, de mieux appr\u00e9hender la question du d\u00e9veloppement de cette pratique professionnelle. Ces questions vont \u00eatre explor\u00e9es par trois auteurs autour d\u2019un \u00e9change qui prend appui sur leurs exp\u00e9riences respectives en APP tout en se r\u00e9f\u00e9rant aux publications sur ces questions.<\/p>\n<h5><em>Mots-cl\u00e9s\u00a0<\/em><\/h5>\n<p>langage, dialogue, d\u00e9veloppement, pratiques, travail<\/p>\n<h5><em>Cat\u00e9gorie d&rsquo;article\u00a0<\/em><\/h5>\n<p>Texte de r\u00e9flexion en lien avec des pratiques<\/p>\n<h5><em>R\u00e9f\u00e9rencement\u00a0<\/em><\/h5>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lessault, B., Chocat, J. et Leymarie, S. (2019). Le langage comme support au travail de l\u2019analyse de pratiques professionnelles. In<em> Revue de <\/em><em>l\u2019analyse de pratiques professionnelles<\/em>, No 14, pp. 6-16. <a href=\"http:\/\/www.analysedepratique.org\/?p=3178\">http:\/\/www.analysedepratique.org\/?p=3178<\/a>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr class=\"shortcode hr light-gray\" style=\"border-width:1px;\" \/>\n<p><a href=\"http:\/\/www.analysedepratique.org\/wp-content\/uploads\/lessault-chocat-leymarie-revue-app-janvier2019.pdf\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" src=\"https:\/\/www.analysedepratique.org\/wp-content\/uploads\/download-icon.png\" alt=\"download-icon\" width=\"24\" height=\"29\" \/><\/a>\u00a0<a href=\"http:\/\/www.analysedepratique.org\/wp-content\/uploads\/lessault-chocat-leymarie-revue-app-janvier2019.pdf\">Article en PDF<\/a> \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 <a href=\"#co\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.analysedepratique.org\/wp-content\/uploads\/et-info-comment.png\" alt=\"et-info-comment\" width=\"30\" height=\"31\" \/><\/a>\u00a0<a href=\"#co\">Commentaires<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr \/>\n<h5 style=\"text-align: justify;\"><strong><em>Language as a support to work in the analysis of professional practices<\/em><\/strong><\/h5>\n<h5><em>Abstract<\/em><\/h5>\n<p style=\"text-align: justify;\">This article questions, during professional practices analysis sessions (PPA), the position of language as a process aiming, on the one hand to express the relationship of the subject to professional practice and to clarify its determinants and, on the other hand, to engage the group in co-construction work aimed at making professional practice more intelligible and developing it. By setting in motion a dialogue within the PPA group, the point is to better understand the question of the development of this professional practice. These questions will be explored by three authors around an exchange that builds on their respective experiences in PPA while referring to the publications on these questions.<\/p>\n<h5><em>Keywords<\/em><\/h5>\n<p>language, dialogue, development, practices, work<\/p>\n<hr \/>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[toc]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cet article vise \u00e0 interroger la place du langage et ses enjeux lors de s\u00e9ances d\u2019APP autour de la question suivante : en quoi le langage, par sa dynamique singuli\u00e8re au sein du groupe d\u2019APP, autorise la prise de conscience de soi en tant que professionnel en action et en interaction, en vue d\u2019un ajustement des pratiques professionnelles ? Afin d\u2019interroger cette probl\u00e9matique, nous, trois professionnels d\u00e9veloppant dans notre cadre de travail respectif l\u2019analyse de pratiques, croisons notre regard au travers d\u2019une mise en dialogue autour de la position du langage et des questions qui se posent dans l\u2019APP.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Afin d\u2019amorcer cette r\u00e9flexion, nous prenons le parti de l\u2019introduire par un constat rencontr\u00e9 au cours de s\u00e9ances d\u2019APP, \u00e0 savoir que l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la pratique professionnelle r\u00e9siste au langage et que la mise en mots se r\u00e9v\u00e8le difficile. Nous observons donc que le travail ne se raconte pas aussi ais\u00e9ment que l\u2019on croit et son d\u00e9veloppement y est incertain. Pour autant que ce ph\u00e9nom\u00e8ne puisse interroger, nous essaierons de d\u00e9montrer en quoi cette approximation langagi\u00e8re inaugure et soutient le processus d\u2019\u00e9changes et de transformation au b\u00e9n\u00e9fice de la finalit\u00e9 poursuivie lors de s\u00e9ances d\u2019APP.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avant de d\u00e9buter nos \u00e9changes, il nous semble important de rappeler quelques d\u00e9finitions et points de rep\u00e8res conceptuels qui repr\u00e9sentent les bases notre r\u00e9flexion. Tout d\u2019abord, celle du <em>d\u00e9veloppement<\/em>\u00a0: Gosselin, Viau-Guay et Bourassa (2014, p. 6) dans une perspective constructiviste ou socioconstructiviste, proposent une d\u00e9finition int\u00e9ressante du d\u00e9veloppement professionnel, tel qu\u2019il peut \u00eatre travaill\u00e9 en APP. Ils d\u00e9finissent le d\u00e9veloppement professionnel comme un \u00ab\u00a0<em>double processus caract\u00e9ris\u00e9, d\u2019une part, par un processus d\u2019apprentissage professionnel, c\u2019est-\u00e0-dire par une construction des savoirs professionnels \u00e0 partir des savoirs th\u00e9oriques et pratiques acquis dans les situations de la vie quotidienne et dans les activit\u00e9s professionnelles. \u00a0[\u2026] D\u2019autre part, un autre processus a cours simultan\u00e9ment \u00e0 l\u2019acquisition des savoirs, celui de la construction de l\u2019identit\u00e9. Il s\u2019agit d\u2019un processus par lequel la personne d\u00e9veloppe un ensemble de repr\u00e9sentations et de sentiments \u00e0 propos d\u2019elle-m\u00eame en rapport avec les autres, sa pratique et son contexte \u00e0 partir de son appr\u00e9ciation de sa r\u00e9alisation de l\u2019activit\u00e9<\/em>.\u00a0\u00bb Ainsi, l\u2019analyse de la pratique ne peut \u00eatre op\u00e9rante qu&rsquo;en allant au-del\u00e0 du travail prescrit : c&rsquo;est en analysant l&rsquo;activit\u00e9 des acteurs que nous pouvons rep\u00e9rer la structure conceptuelle de la situation, plus exactement la repr\u00e9sentation qu&rsquo;ils s&rsquo;en font.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En compl\u00e9ment de cette approche, nous posons comme rep\u00e8res que le travail d\u2019analyse, depuis la mise en r\u00e9cit jusqu\u2018aux hypoth\u00e8ses compr\u00e9hensives, va permettre d\u2019\u00e9largir le champ d\u2019action du professionnel et de renforcer sa capacit\u00e9 d\u2019agir en situation. C\u2019est un processus de \u00ab\u00a0cr\u00e9ation\u00a0\u00bb d\u2019une pens\u00e9e nouvelle, \u00e9tay\u00e9e par des savoirs th\u00e9oriques, professionnels, renforc\u00e9s par l\u2019exp\u00e9rience de chacun. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne ouvre vers une nouvelle perception \u00e9clair\u00e9e des situations, \u00e9vitant ainsi les limitations voire \u00ab\u00a0l\u2019enfermement\u00a0\u00bb dans des sch\u00e9mas mentaux trop restrictifs. D\u00e8s lors, la question de la dynamique du d\u00e9veloppement se pose. Comment penser des voies d\u2019acc\u00e8s \u00e0 ce processus de d\u00e9veloppement de la pratique\u00a0? Le cheminement vers ce d\u00e9veloppement implique un processus de transformation de la pratique. Cela passe notamment par l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la connaissance et la compr\u00e9hension de la pratique, ainsi que par une mise en mouvement, au sein du groupe d\u2019APP, des \u00e9l\u00e9ments significatifs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi, l\u2019APP s\u2019organise en partie autour d\u2019un outil central (pris au sens figur\u00e9 qui est l\u2019\u00e9l\u00e9ment d\u2019une activit\u00e9 utilis\u00e9 comme moyen), \u00e0 savoir le langage d\u00e9fini par Fassier (2013, p. 9)\u00a0: \u00ab\u00a0<em>le langage est un moyen pour le sujet, de dire ce qu\u2019il fait ou ce qu\u2019il voit, mais aussi un moyen d\u2019agir, d\u2019amener autrui \u00e0 penser, \u00e0 sentir et \u00e0 agir\u00a0; c\u2019est l\u2019instrument privil\u00e9gi\u00e9 d\u2019une possibilit\u00e9 d\u2019intersubjectivit\u00e9 qui permet de partager avec autrui des rapports au monde et de d\u00e9velopper pour soi-m\u00eame un rapport au monde. Les paroles constituent en elles-m\u00eames une action, d\u2019o\u00f9 la notion d\u2019acte de langage\u00a0\u00bb<\/em>. Nous identifions, au travers de cette d\u00e9finition, une double port\u00e9e du langage\u00a0: la premi\u00e8re qui vise \u00e0 rendre explicite la pratique et la seconde qui induit un processus d\u2019\u00e9changes et de d\u00e9veloppement au sein du groupe et que nous nommerons le mouvement dialogique. Nous d\u00e9velopperons par la suite ces deux points, en les commentant et en les resituant dans le cadre du travail d\u2019analyse de la pratique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans un premier temps, nous ferons r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un constat \u00e9nonc\u00e9 lors d\u2019un travail en APP et qui situe le cadre de notre r\u00e9flexion initiale.<\/p>\n<h4><strong>1. Le <\/strong><strong>contexte<\/strong><\/h4>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est \u00e0 la suite de s\u00e9ances en APP men\u00e9es avec un groupe d\u2019enseignants sur les activit\u00e9s p\u00e9dagogiques faites au sein d\u2019un lyc\u00e9e professionnel que le questionnement sur le langage a \u00e9merg\u00e9. En effet, l\u2019un d\u2019entre nous travaillant dans l\u2019Education, a propos\u00e9 aux deux autres collaborateurs d\u2019\u00e9tayer une r\u00e9flexion sur l\u2019approche dialogique dans le cadre de l\u2019APP.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Paradoxalement, la mise en r\u00e9cit des situations v\u00e9cues se r\u00e9v\u00e9lait peu \u00e9vidente malgr\u00e9 la volont\u00e9, la motivation et l\u2019organisation des s\u00e9ances d\u2019APP, contexte a priori propice au d\u00e9veloppement de la compr\u00e9hension collective et individuelle des situations. Si l\u2019on consid\u00e8re que le langage s\u2019inscrit au c\u0153ur d\u2019un dispositif, l\u2019explicitation ne va pas de soi, contrairement \u00e0 ce que l\u2019on pourrait penser. Celle-ci rencontre m\u00eame souvent des obstacles, ph\u00e9nom\u00e8ne trop r\u00e9current pour \u00eatre ignor\u00e9. Pourtant, le langage est utilis\u00e9 comme moyen d\u2019acc\u00e9der \u00e0 la pratique professionnelle et au travail inh\u00e9rent \u00e0 l\u2019APP, \u00e0 savoir la mise en mots de situations professionnelles et, plus particuli\u00e8rement, la fa\u00e7on dont ces situations sont per\u00e7ues, comprises ou encore men\u00e9es. D\u00e8s lors, nous avons voulu interroger l\u2019expression\u00a0: \u00ab\u00a0<em>c\u2019est difficile \u00e0 dire<\/em> \u00bb. L\u2019objectif ici est de comprendre la fonction, le r\u00f4le et les limites du langage, ainsi que la port\u00e9e du mouvement dialogique comme facilitateur du processus de d\u00e9veloppement dans les s\u00e9ances d\u2019Analyse de Pratiques Professionnelles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans les \u00e9changes qui suivent, nous traiterons successivement :<\/p>\n<ul style=\"text-align: justify;\">\n<li>de la difficult\u00e9 de verbaliser la pratique,<\/li>\n<li>du d\u00e9veloppement de la pratique par le langage collectif,<\/li>\n<li>de l\u2019animateur et du groupe dans les s\u00e9ances comme facilitateurs de ce travail de mise en r\u00e9cit qui vise, par une mise en dialogue, au d\u00e9veloppement de la pratique professionnelle.<\/li>\n<\/ul>\n<h4><strong>2. La position du langage en APP\u00a0: la difficult\u00e9 de verbaliser ce que l\u2019on fait<\/strong><\/h4>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>BL<\/strong><a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>: J\u2019ai constat\u00e9 que pendant l\u2019analyse de pratiques, les enseignants qui ont particip\u00e9 ont pr\u00e9sent\u00e9 des difficult\u00e9s \u00e0 relater leur propre pratique. En effet, la mise en mots s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e difficile lorsqu\u2019ils ont expliqu\u00e9 leur fa\u00e7on de proc\u00e9der durant les s\u00e9quences avec les \u00e9l\u00e8ves. Dans cette situation, les mots justes ont manqu\u00e9, comme si la pratique professionnelle n\u2019arrivait pas \u00e0 se raconter de mani\u00e8re limpide.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>SL<\/strong>\u00a0: La mise en r\u00e9cit d\u2019une pratique ne rel\u00e8ve pas de simples enregistrements et juxtapositions de faits communs, mais n\u00e9cessite de transformer, de m\u00e9taboliser ces faits en histoire, pour leur faire prendre place dans une totalit\u00e9 intelligible. La narration produit du sens en prenant appui sur le contexte. Le choix des mots r\u00e9actualise des significations et des valeurs qu\u2019il va s\u2019agir, pour le groupe, de d\u00e9coder. R\u00e9fl\u00e9chir le v\u00e9cu, n\u2019est pas r\u00e9fl\u00e9chir sur le v\u00e9cu, mais constitue un pr\u00e9alable qui peut rendre l\u2019action intelligible. C\u2019est de \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9paisseur\u00a0\u00bb du v\u00e9cu que pourront surgir des inf\u00e9rences sur les processus mis en \u0153uvre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>BL<\/strong> : En effet dans la litt\u00e9rature, des auteurs comme Boutet (1995) et Dodier (1995) ont expos\u00e9 la difficult\u00e9 qu\u2019ont les sujets de mettre en mots leur activit\u00e9 de travail. Sociologues et psychologues ont identifi\u00e9 le fait que dire l\u2019exp\u00e9rience du travail se r\u00e9v\u00e8le souvent une entreprise s\u00e9miotique difficile (Teiger et Laville, 1989; Oddone et al. 1982). \u00ab\u00a0<em>Le travail pose exemplairement des questions au langage<\/em>\u00a0\u00bb (Schwartz, 1989, p. 107). Les \u00ab\u00a0c\u2019est dur \u00e0 dire\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0faudrait venir voir\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0je ne peux pas vous expliquer\u00a0\u00bb, reviennent alors comme des leitmotivs dans les propos des personnes \u00e0 qui l\u2019on propose de parler de leur travail. Elles concluent alors, dans l\u2019incapacit\u00e9 de dire la pratique, par des expressions telles que\u00a0: \u00ab\u00a0je sais\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0je sens\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0je vois\u00a0\u00bb. Par exemple, J\u2019ai rencontr\u00e9 ce ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e0 l\u2019occasion de s\u00e9ances organis\u00e9es avec un professionnel du secteur B\u00e2timent et Travaux Publics (BTP). Il s\u2019\u00e9tait heurt\u00e9 aux difficult\u00e9s d\u2019\u00e9nonciation (Lessault, 2011).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>JC <\/strong>: Je partage cette analyse de la difficult\u00e9 \u00e0 mettre en r\u00e9cit la pratique. Plusieurs hypoth\u00e8ses peuvent se d\u00e9gager\u00a0: l\u2019opacit\u00e9 relative de cette pratique en exercice, sa complexit\u00e9 mais aussi, lors des temps d\u2019APP, l\u2019influence du contexte sur ce travail de rem\u00e9moration. Par exemple, la pr\u00e9sence du groupe engage le sujet \u00e0 dire sa pratique. Certes, il est volontaire pour pr\u00e9senter une pratique v\u00e9cue mais, pour autant, cette mise en r\u00e9cit demeure une d\u00e9marche difficile et peut rev\u00eatir une part de risque pour lui. La question de l\u2019appr\u00e9hension d\u2019\u00eatre jug\u00e9 par ses pairs, par l\u2019animateur, qui peut repr\u00e9senter plusieurs r\u00f4les, celui d\u2019animateur du groupe d\u2019APP, mais aussi celui de formateur au sein de la structure de formation, ne peut \u00eatre exclue. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne est renforc\u00e9 par la contrainte d\u2019un temps de r\u00e9cit relativement court, qui ne correspond pas au temps de la rem\u00e9moration. Par ailleurs, comment l\u2019animateur et le groupe vont accompagner au cours des diff\u00e9rentes phases en APP ce travail de mise en r\u00e9cit\u00a0? D\u2019autres questions se posent\u00a0: jusqu\u2019o\u00f9 va cette connaissance de la pratique\u00a0? Sommes-nous dans une recherche objective de ce qui s\u2019est pass\u00e9\u00a0? Quelle conscience avons-nous de notre propre pratique professionnelle\u00a0? Au travers de nos \u00e9changes, force est de constater que l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la pratique est toute relative et s\u2019\u00e9labore par le sujet, en contexte d\u2019analyse, dans un travail de reconstruction allant de la part invisible non consciente \u00e0 une conscience de, pouvant faire l\u2019objet d\u2019une mise en mots \u00e0 destination du groupe. Cette mise en r\u00e9cit cr\u00e9e ainsi un objet, \u00e0 distance et diff\u00e9rent du r\u00e9el de la pratique effective. Il en r\u00e9sulte une mise en commun, partag\u00e9e par le groupe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>BL<\/strong>\u00a0: Justement, la connaissance du travail passe par l\u2019incursion dans la part invisible du travail. Passer de l\u2019implicite \u00e0 l\u2019explicite convoque un processus r\u00e9flexif parce que le travail ordinaire n\u2019est pas accessible \u00e0 l\u2019observation directe. Et quelles que soient les m\u00e9thodes utilis\u00e9es, le travail effectif ne pourra jamais \u00eatre int\u00e9gralement rendu \u00e0 la visibilit\u00e9. Il nous faut nous r\u00e9signer \u00e0 la modestie des objectifs, des attentes, m\u00eame s\u2019il faut \u00eatre ambitieux pour les m\u00e9thodes. Puisque ce travail n\u2019est pas directement observable et pour \u00e9viter de r\u00e9duire ce qui est fait \u00e0 ce qui est vu, la parole devient notre seul recours. M\u00eame si ce n\u2019est pas la seule m\u00e9diation\u00a0: il y a le non verbal, les silences, les lapsus \u2026.Voire m\u00eame la fa\u00e7on dont le sujet structure son r\u00e9cit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>JC\u00a0: <\/strong>Nous questionnons ici la complexit\u00e9 \u00e0 appr\u00e9hender la pratique professionnelle \u00e0 distance de sa r\u00e9alisation. Ne faut-il pas envisager cette \u00e9tape de la mise en r\u00e9cit d\u2019une pratique, comme \u00e9tant inachev\u00e9e, pr\u00e9sentant une certaine \u00e9paisseur et porteuse d\u2019une \u00e9nigme \u00e0 r\u00e9soudre\u00a0? Et de poser comme postulat que c\u2019est parce qu\u2019elle est inachev\u00e9e qu\u2019elle ouvre des perspectives de d\u00e9veloppement par le collectif\u00a0? Cependant, n\u2019oublions pas qu\u2019en APP, si nous prenons par exemple le dispositif du GEASE<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a> (Etienne et Fumat, 2014), la pratique du sujet va traverser plusieurs phases qui auront pour objet d\u2019ouvrir cette mise en r\u00e9cit vers plus d\u2019intelligibilit\u00e9. Prenons la seconde phase, celle du questionnement par les participants. Elle va, par le jeu de questions ouvertes, engager le narrateur \u00e0 \u00ab\u00a0re-r\u00e9fl\u00e9chir\u00a0\u00bb sur son r\u00e9cit initial, \u00e0 le compl\u00e9ter, \u00e0 resituer ce qui lui semble mal compris. Un travail d\u2019enrichissement de la pratique est alors \u00e0 l\u2019\u0153uvre et va se poursuivre au cours de ce travail d\u2019analyse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Petite synth\u00e8se<\/strong>\u00a0: La mise en r\u00e9cit de la pratique professionnelle n\u2019est pas une simple \u00a0adjonction d\u2019\u00e9v\u00e9nements. Le contexte et la r\u00e9ciprocit\u00e9 dans le groupe produit du sens. Cependant, acc\u00e9der \u00e0 ce sens s\u2019av\u00e8re difficile dans la mesure o\u00f9 les mots manquent. L\u2019organisation des s\u00e9ances d\u2019APP s\u2019articulent autour de ces dimensions\u00a0: c\u2019est le retour des \u00e9changes qui provoque l\u2019ouverture et part la m\u00eame enclenche ce processus de d\u00e9veloppement de la pratique professionnelle. C\u2019est ce dernier point que nous allons aborder en posant comme fil conducteur ces deux questions.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Qu\u2019en-est-il de la question du d\u00e9veloppement de la pratique\u00a0? En quoi cette mise en r\u00e9cit va permettre d\u2019engager un processus de transformation\u00a0?<\/p>\n<h4><strong>3. Le d\u00e9veloppement du travail d\u2019analyse par une mise en dialogue de la pratique<\/strong><\/h4>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>JC <\/strong>: La question qui me semble int\u00e9ressante \u00e0 explorer, est celle de cette mise mouvement de la pratique par le biais des \u00e9changes au sein du groupe d\u2019APP. Qu\u2019est-ce qui permet cette mise en mouvement\u00a0? D\u00e9j\u00e0, quand Fassier (2013) voit dans le langage un \u00ab\u00a0moyen d\u2019agir\u00a0\u00bb et qu\u2019il induit au sein du groupe la cr\u00e9ation d\u2019un espace propice aux \u00e9changes, aux d\u00e9bats, \u00e0 une confrontation des id\u00e9es, nous percevons que ce langage autorise une mise en mouvement des concepts, des perceptions au sein du groupe d\u2019APP. Existe-t-il alors d\u2019autres processus permettant d\u2019amorcer ce d\u00e9veloppement\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>BL<\/strong>\u00a0: La coh\u00e9sion du groupe est un \u00e9l\u00e9ment qui enclenche la progression. On peut dire que, li\u00e9 au langage, le processus de d\u00e9veloppement passe aussi par cette coh\u00e9sion. Il est indispensable que le collectif d\u2019APP prenne du plaisir \u00e0 se c\u00f4toyer (coh\u00e9sion sociale) pour \u0153uvrer \u00e0 l\u2019atteinte (coh\u00e9sion op\u00e9ratoire) du d\u00e9veloppement qui constitue le but commun. On peut dire que les s\u00e9ances APP sont un lieu privil\u00e9gi\u00e9 pour les salari\u00e9s. Pour qu\u2019il y ait d\u00e9veloppement de la pens\u00e9e individuelle et collective, il est n\u00e9cessaire d\u2019avoir acc\u00e8s \u00e0 la connaissance du travail et de passer par la subjectivit\u00e9 des travailleurs. Les sujets s\u2019exposent par ce qui est dit et ce qui est discut\u00e9 en retour. Le travail en s\u00e9ance s\u2019organise avec l\u2019\u00e9change, autour de ce qui est racont\u00e9. Le dialogue est un langage constitu\u00e9 de r\u00e9pliques, une chaine de r\u00e9actions. Il inclut presque toujours la possibilit\u00e9 d\u2019une \u00e9nonciation inachev\u00e9e, d\u2019une formulation incompl\u00e8te. Les relances forment la dynamique et la coh\u00e9sion.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>JC\u00a0<\/strong>: J\u2019adh\u00e8re \u00e0 cette vision de la mise en mouvement par les \u00e9changes. Ce n\u2019est pas uniquement une alternance d\u2019\u00e9nonc\u00e9s et d\u2019\u00e9coute, mais un processus de transformation qui se met en \u0153uvre au sein du groupe et qui s\u2019apparente selon moi \u00e0 un mouvement vers un d\u00e9veloppement possible. Le mouvement dialogique<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a> va permettre un travail d\u2019\u00e9laboration et de d\u00e9veloppement en passant du r\u00e9cit au discours et en convoquant dans le groupe les valeurs, l\u2019histoire du m\u00e9tier, les d\u00e9sirs, les frustrations, les repr\u00e9sentations\u2026 Le langage g\u00e9n\u00e8re une force \u00e9motionnelle. Ainsi, je pose comme postulat que, du conflit intra ou intersubjectif au sein du groupe d\u2019APP, nait la question du d\u00e9veloppement de la pens\u00e9e. En effet, selon Grossen et Salazar- Orvig\u00a0 cit\u00e9s par Fassier (2013, p. 109) \u00ab\u00a0<em>le dialogue est un lieu de construction conjointe de sens associant une convergence, une certaine intercompr\u00e9hension et, en m\u00eame temps, en raison de la dissym\u00e9trie inh\u00e9rente \u00e0 tout dialogue, une certaine divergence<\/em> \u00bb. Par exemple\u00a0: pendant la s\u00e9ance, la question que je pose au narrateur sur sa pratique est issue de ses \u00e9nonc\u00e9s pr\u00e9c\u00e9dents. Sa r\u00e9ponse interpelle ma propre pratique, mon rapport au m\u00e9tier, mon accord ou pas sur ce qu\u2019il souhaite me donner \u00e0 entendre. Je peux ainsi rebondir, prendre conscience de quelque chose de nouveau dans ma pens\u00e9e, faire \u00e9merger de nouvelles questions \u00e0 poser et l&rsquo;ouvrir vers la co-construction des hypoth\u00e8ses compr\u00e9hensives. Cette dynamique int\u00e9resse le groupe, en tant qu\u2019entit\u00e9 collective et appartenant au m\u00eame collectif professionnel. Je rejoins ainsi Sophie Leymarie quand elle \u00e9voque la question de l\u2019\u00e9paisseur du langage. Par son \u00e9paisseur, il donne \u00e0 entendre plusieurs voix et ouvre ainsi plusieurs voies de compr\u00e9hension possibles et de rebondissement. Par son c\u00f4t\u00e9 inachev\u00e9 et sa dynamique, le discours laisse place \u00e0 de multiples voies d\u2019acc\u00e8s, \u00e0 du nouveau.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>SL<\/strong> : C\u2019est l\u00e0 que le groupe intervient : il y a le r\u00e9cit et le discours autour du r\u00e9cit. Le langage ne peut rendre compte de mani\u00e8re exhaustive de cette pratique. Le langage est, par d\u00e9finition, manquant. Il tient son essence du manque de mots pour dire. C\u2019est une trame, le reste n\u2019est que \u00ab trous \u00bb, par o\u00f9 circulera le sens. Le mot ne co\u00efncide qu\u2019\u00e0 peu pr\u00e8s \u00e0 ce qu\u2019il \u00e9voque. Le groupe est l\u00e0 pour initier le processus de reconstruction, pour proposer des mots qui manquent dans la mise en r\u00e9cit. Mais le langage n\u2019est pas transparent : le r\u00e9cit (constitutif de l\u2019identit\u00e9 narrative), n\u2019est pas seulement un reflet de la r\u00e9alit\u00e9, mais d\u00e9j\u00e0 une nouvelle construction de celle-ci. Et le r\u00e9cit est \u00e0 distinguer du discours. La diff\u00e9rence entre ces deux notions repose notamment sur la temporalit\u00e9 (le r\u00e9cit appartient au pass\u00e9, le discours au pr\u00e9sent). Mais la distinction proc\u00e8de surtout de l\u2019opposition des personnes. L\u2019\u00e9nonciation discursive est le lieu de la confrontation des personnes \u00ab je\/tu \u00bb. Le discours se d\u00e9finit par la copr\u00e9sence de plusieurs interlocuteurs qui l\u2019\u00e9laborent conjointement, dans un rapport intersubjectif pr\u00e9sent, alors que le r\u00e9cit se caract\u00e9rise par la r\u00e9duction des subjectivit\u00e9s \u00e0 travers la personne du narrateur. Le r\u00e9cit est clos ; il r\u00e9v\u00e8le une sc\u00e8ne radicalement \u00e9trang\u00e8re \u00e0 l\u2019instance de l\u2019\u00e9nonciation. Le r\u00e9cit est l\u2019incarnation de la perception du narrateur de sa r\u00e9alit\u00e9. Le discours quant \u00e0 lui, par la dynamique interactive, est un processus d\u2019\u00e9laboration \u00e0 partir et autour du r\u00e9cit. Le r\u00e9cit est une forme d\u2019\u00e9nonciation qui privil\u00e9gie le message au d\u00e9triment du contexte, alors que le discours n\u2019est interpr\u00e9table qu\u2019\u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de son contexte d\u2019\u00e9mergence, c\u2019est-\u00e0-dire de l\u2019interaction avec le groupe, du rapport dialogique, permettant de transformer, d\u2019\u00e9laborer autour du r\u00e9cit. La pens\u00e9e est dialogique m\u00eame en l\u2019absence d\u2019interlocuteur ; les r\u00e9actions d\u2019autrui seront alors imagin\u00e9es, redout\u00e9es ou esp\u00e9r\u00e9es. Cette pens\u00e9e va donner toute l\u2019\u00e9paisseur au r\u00e9cit et le langage va pouvoir varier en fonction des participants : il est adress\u00e9. Ce qui pose comme probl\u00e9matique : en quoi l\u2019APP entre pairs ne cr\u00e9e-t-il pas une limitation dans ce mouvement dialogique ? (la question de l\u2019implicite du fait que je sais que l\u2019autre le sait aussi et par cons\u00e9quent je ne vais pas m\u2019efforcer de d\u00e9velopper mon discours). Ce qui est dit et racont\u00e9, c\u2019est le point de d\u00e9part. On peut dire que ce que met en \u0153uvre l\u2019APP, c\u2019est revenir sur des pratiques pour se repositionner dans son travail, dans son rapport au travail, en vue de d\u00e9velopper des comp\u00e9tences.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>BL <\/strong>: Les autres, par leur interpr\u00e9tation vont nous faire d\u00e9passer notre d\u00e9pendance au langage pour exprimer notre v\u00e9cu. Il y a d\u00e9pendance parce que les mots nous coincent. L\u2019utilisation du vocabulaire est toujours restrictive. Malgr\u00e9 un large r\u00e9pertoire, nous sommes contraints. Le sens va au-del\u00e0 et est plus grand que les mots eux-m\u00eames.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>LS<\/strong>\u00a0: Bien souvent, c\u2019est parce qu\u2019il n\u2019y a pas de mots suffisamment justes pour dire, rendre compte, donner \u00e0 voir ou \u00e0 penser, que le groupe se r\u00e9v\u00e8le et s\u2019offre comme un possible espace pour recevoir et transformer tous ces \u00e9l\u00e9ments en un d\u00e9but de figuration. Entrer en analyse de pratique depuis le langage, permet de rendre visible ou sensible les processus des pratiques professionnelles. L\u2019analyse des pratiques, par ses dispositifs, rend possible la transformation de situations v\u00e9cues en exp\u00e9riences, pour convertir ces derni\u00e8res en comp\u00e9tences professionnelles\u00a0; il est ici question d\u2019une co-construction de l\u2019exp\u00e9rience. L\u2019action individuelle peut alors s\u2019inscrire dans un syst\u00e8me collectif et permet de construire des r\u00e9f\u00e9rences professionnelles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Petite synth\u00e8se\u00a0: <\/strong>Cependant, m\u00eame si le groupe existe en tant que r\u00e9alit\u00e9 physique, d\u00e9marrer cette mise en mouvement \u00e9troitement li\u00e9e \u00e0 la question de la coh\u00e9sion entre les participants, le partage du m\u00eame sens sur le dispositif d\u2019analyse et sa port\u00e9e, le processus enclench\u00e9 par les \u00e9changes et la singularit\u00e9 de cette parole qui circule, nous am\u00e8ne \u00e0 nous interroger sur les leviers possibles pour amorcer, contenir et favoriser le travail d\u2019analyse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le dernier paragraphe va donc interroger les facteurs qui facilitent ce processus de d\u00e9veloppement de la pens\u00e9e tels que le temps et l\u2019espace r\u00e9serv\u00e9s, dimensions sur lesquelles l\u2019animateur agit. Consid\u00e9rant cette co-construction de l\u2019exp\u00e9rience comme la vis\u00e9e de ces temps d\u2019analyse de pratique, il est important de saisir l\u2019enjeu pour le(s) animateur(s) dans ce projet. Dans quelle mesure se r\u00e9v\u00e8le(nt)-il(s) \u00ab l\u2019embrayeur\u00a0\u00bb et le \u00ab\u00a0r\u00e9gulateur\u00a0\u00bb de cette mise en mouvement groupale par le langage\u00a0?<\/p>\n<h4><strong>4. R\u00f4les de l\u2019animateur et du groupe dans les s\u00e9ances d\u2019APP<\/strong><\/h4>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>BL<\/strong>\u00a0: Comment l\u2019animateur se positionne-t-il dans cette dynamique\u00a0? Comment va-t-il initier l\u2019\u00e9mulation\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>JC<\/strong>\u00a0: Le premier point, me semble-t-il, se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 la question du cadre en APP. Par exemple, poser comme r\u00e8gle la confidentialit\u00e9 des \u00e9changes, c\u2019est cr\u00e9er un espace suffisamment contenant et s\u00e9curisant pour que la parole puisse s\u2019y d\u00e9poser avec bienveillance, circuler et s\u2019ouvrir vers les autres participants en y d\u00e9veloppant la question de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9. Il y est associ\u00e9 le non-jugement sur ce qui est \u00e9nonc\u00e9. L\u2019animateur devient alors le garant de la permanence de ce cadre, dont les conditions favorisent cette mise en r\u00e9cit et le d\u00e9veloppement d\u2019\u00e9changes. Pour autant, est-ce suffisant\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>SL<\/strong>\u00a0: Tout l\u2019enjeu pour l\u2019animateur, r\u00e9side dans sa capacit\u00e9 \u00e0 faire acc\u00e9der le narrateur \u00e0 la r\u00e9flexion suivante\u00a0: \u00ab\u00a0comment je me vis dans cette situation\u00a0?\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 une premi\u00e8re \u00e9laboration de cette pratique par la mise en r\u00e9cit. Ce qui demeure difficile \u00e0 mettre en mots est ce qui rel\u00e8ve du \u00ab\u00a0style\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire de la fa\u00e7on dont le professionnel s\u2019est appropri\u00e9 le champ du travail et a explor\u00e9 une forme de cr\u00e9ativit\u00e9 dans sa pratique (Clot, 1999). Le style, pour celui qui l\u2019incarne, r\u00e9siste au langage, demeure de l\u2019ordre de l\u2019indicible et\/ou d\u2019un impossible \u00e0 dire. Le travail du groupe, dans le mouvement dialogique, peut alors ouvrir une voie \u00e0 l\u2019appr\u00e9hension de ce style, en \u00ab\u00a0pr\u00eatant\u00a0\u00bb des mots pour dire, que le narrateur a le choix de prendre ou de rejeter. Le langage op\u00e8re \u00e9galement dans ce qui ne s\u2019\u00e9nonce pas. Et toute l\u2019\u00e9paisseur du langage se constitue aussi dans les manques, scansions, oublis, omissions, lapsus, silences que nous avons d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9s. L\u2019animateur pourra faire des relances, le groupe portera alors attention au choix des mots, aux intonations, aux r\u00e9p\u00e9titions, aux insistances. Ce que le professionnel ne peut percevoir de sa pratique, il l\u2019exprime inconsciemment dans son r\u00e9cit, repris en \u00e9cho par le groupe avec d\u2019autres mots. Le groupe met \u00e0 jour ce qui manque dans le r\u00e9cit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>BL<\/strong>\u00a0: Effectivement, le fait de parler sur sa propre activit\u00e9 d\u00e9ploie, au-del\u00e0 des mots, des comp\u00e9tences, augmentant le sens du travail et donnant ainsi un \u00e9clairage sur soi-m\u00eame par rapport \u00e0 ce que l\u2019on fait et ce que font les autres en retour. Mais du temps doit \u00eatre accord\u00e9 pour les s\u00e9ances d\u2019APP afin de favoriser le d\u00e9veloppement des professionnels. La possibilit\u00e9 collective d\u2019\u00e9laborer les objectifs et les ressources de l\u2019action professionnelle est devenue une condition de base du travail actuel. Cela se fait par le langage. Les espaces de d\u00e9lib\u00e9ration deviennent incontournables. Si l\u2019organisation du travail prive les salari\u00e9s de cette possibilit\u00e9, elle contrarie l\u2019action et parfois m\u00eame emp\u00eache de travailler. Quand le m\u00e9tier se perd, quand il se confond avec l\u2019ex\u00e9cution de proc\u00e9dures, si utiles soient-elles, le travail d\u00e9serte sa fonction psychologique (Clot, 2001).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>SL<\/strong>\u00a0: En effet, ce temps s\u2019organise dans un autre espace, un lieu diff\u00e9rent de celui du travail. Se s\u00e9parer du contexte spatio-temporel de la pratique autorise la convocation du langage dans toute son \u00e9paisseur, pour aller y puiser toute sa richesse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>JC\u00a0<\/strong>: De ces \u00e9changes entre nous, ce qui pourrait \u00eatre ma conclusion, au-del\u00e0 du langage, le monde de la formation, du travail, dans toute la complexit\u00e9 des rapports humains, m\u2019am\u00e8ne \u00e0 penser que le XXI si\u00e8cle doit \u00eatre le si\u00e8cle de la mise en \u0153uvre de l\u2019intelligence collective, de cr\u00e9ation d\u2019espaces pour partager, co-construire ensemble. Comme vient \u00e0 l\u2019\u00e9voquer Clot, le travail doit \u00eatre vivant. Parler de la qualit\u00e9 de vie en formation, au travail, c\u2019est redonner une place \u00e0 l\u2019Humain. Le langage devient ainsi un vecteur de cette humanisation. Un discours un peu militantiste, mais s\u00fbrement partag\u00e9. Nous pouvons compl\u00e9ter aussi notre r\u00e9flexion par la question de l\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e0 former l\u2019animateur et les participants \u00e0 l\u2019APP \u00e0 certaines comp\u00e9tences qui me semble essentielles\u00a0: l\u2019\u00e9coute active, savoir accompagner l\u2019autre dans son travail d\u2019explicitation et d\u2019\u00e9lucidation. C\u2019est aussi d\u00e9velopper cette sensibilit\u00e9 \u00e0 devenir un praticien r\u00e9flexif. Combien de s\u00e9ances d\u2019APP sont des dialogues inachev\u00e9s, interrompus, par des avis non expliqu\u00e9s au groupe\u00a0? L\u2019animateur se doit d\u2019\u00eatre le garant de ce travail de partage au sein du groupe et favoriser le processus d\u2019auto confrontation.<\/p>\n<h4><strong>5. Pour conclure<\/strong><\/h4>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>BL\u00a0<\/strong>: En tant que praticiens de l\u2019APP, nous pouvons dire en r\u00e9sum\u00e9 que ce dispositif permet de prendre conscience de la difficult\u00e9 de verbaliser la pratique et que le d\u00e9veloppement de cette pratique passe par le langage qui transforme par retour du collectif les repr\u00e9sentations. Ainsi l\u2019animateur et le groupe se positionnent comme d\u00e9clencheurs et facilitateurs du processus de transformation des pratiques professionnelles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous pouvons aussi ajouter que le cadre de l\u2019intervention en APP (Fablet, 2004) r\u00e9pond au besoin d\u2019\u00e9changer. Son objectif n\u2019est pas de l\u2019ordre du soin, ni de reconstruire une \u00e9quipe en absence de projet (Chami et Humbert, 2014). L\u2019APP constitue un espace confidentiel de d\u00e9lib\u00e9ration institutionnel qui favorise le d\u00e9veloppement des sujets et du groupe. Le mouvement dialogique facilite la mise en mots et le processus de transformation de la pratique. Ce dispositif donne l\u2019occasion de se r\u00e9approprier le sens du travail individuellement et collectivement. L\u2019analyse de la pratique se r\u00e9v\u00e8le comme un instrument de d\u00e9veloppement des sujets \u00e0 la condition de chercher \u00e0 devenir un instrument de transformation de l\u2019exp\u00e9rience. Ce qui est formateur pour les travailleurs, ce qui accro\u00eet leur rayon d\u2019action, c\u2019est de rencontrer la possibilit\u00e9 de changer le statut de leur v\u00e9cu\u00a0: d\u2019objet d\u2019analyse, le v\u00e9cu doit devenir moyen pour vivre d\u2019autres vies. Il n\u2019est vraiment reconnu par les sujets que lorsqu\u2019il est transform\u00e9. C\u2019est seulement quand l\u2019exp\u00e9rience sert \u00e0 faire d\u2019autres exp\u00e9riences que les travailleurs sentent leur pouvoir d\u2019agir sur le milieu et sur eux-m\u00eames (Clot, 1995, 1999).<\/p>\n<h4><strong>R\u00e9f\u00e9rences bibliographiques<\/strong><\/h4>\n<p>Boutet, J. (1995). Le travail et son dire. In J. Boutet,<em> Paroles au travail,<\/em> pp. 247-267. Paris\u00a0: L\u2019Harmattan.<\/p>\n<p>Chami, J. &amp; Humbert, C. (2014<em>). Dispositifs d\u2019analyse des pratiques et d\u2019intervention. Approches th\u00e9oriques et cliniques du concept de dispositif<\/em>. Paris\u00a0: L\u2019Harmattan.<\/p>\n<p>Clot, Y. (1995). <em>Le travail sans l\u2019homme\u00a0? Pour une Psychologie des milieux du travail de vie<\/em>. Paris\u00a0: La D\u00e9couverte. (2<sup>\u00e8me<\/sup> \u00e9d. 1998).<\/p>\n<p>Clot, Y. (1999). <em>La fonction psychologique du travail.<\/em> Paris\u00a0: PUF.<\/p>\n<p>Clot, Y. (2001). Editorial \u2013 Clinique de l\u2019activit\u00e9 et pouvoir d\u2019agir. <em>Education permanente, <\/em>146(1), 7-16.<\/p>\n<p>Dodier, N. (1995)<em>. Les hommes et les machines.<\/em> Paris\u00a0: M\u00e9taili\u00e9.<\/p>\n<p>Etienne, R. &amp; Fumat, Y. (2014). <em>Comment analyser les pratiques \u00e9ducatives pour se former et agir ?<\/em> Bruxelles : De Boeck Sup\u00e9rieur.<\/p>\n<p>Fablet, D. (2004). Les groupes d\u2019analyse des pratiques professionnelles\u00a0: une vis\u00e9e avant tout formative. <em>Connexions<\/em>, <em>82<\/em>, 105-117.<\/p>\n<p>Gosselin, M., Viau-Guay, A. &amp; Bourassa, B. (2014). Le d\u00e9veloppement professionnel dans une perspective constructiviste ou socioconstructiviste : une compr\u00e9hension conceptuelle pour des implications pratiques. <em>Perspectives interdisciplinaires sur le travail et la sant\u00e9<\/em>, 16(3). Consultable sur\u00a0:\u00a0<a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/pistes\/4009\">https:\/\/journals.openedition.org\/pistes\/4009<\/a>.<\/p>\n<p>Oddone, I., Rey, A. &amp; Briante, G. (1982). <em>Red\u00e9couvrir l\u2019exp\u00e9rience ouvri\u00e8re.<\/em> Paris\u00a0: \u00e9ditions ouvri\u00e8res.<\/p>\n<p>Salazar Orvig, A. (1999). <em>Les mouvements du discours\u00a0: Style, r\u00e9f\u00e9rence et dialogue dans des entretiens cliniques.<\/em> Paris\u00a0: L\u2019Harmattan.<\/p>\n<p>Schwartz, Y. (1989). C\u2019est compliqu\u00e9. Activit\u00e9 symbolique et activit\u00e9 industrieuse. <em>Langages<\/em>, <em>93<\/em>, 98-109, repris dans <em>Travail et philosophie, convocations mutuelles (<\/em>69-86). (1992). Toulouse\u00a0: Octar\u00e8s.<\/p>\n<p>Teiger, C. &amp; Laville, A. (1989). Expression des travailleurs sur leurs conditions de travail. <em>Collection du laboratoire d\u2019ergonomie et de neurophysiologie du travail<\/em>. <em>Rapport n\u00b0100<\/em>. Paris\u00a0: CNAM.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\"><\/a><\/p>\n<div><\/div>\n<div><\/div>\n<div><\/div>\n<div><\/div>\n<a href=\"#\" class=\"shortcode button  \" style=\"background-color: silver;\" target=\"\" onclick=\"\"> Haut de page<\/a>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h4 style=\"text-align: justify;\"><strong>Notes<\/strong><\/h4>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Cet article est la retranscription d\u2019\u00e9changes autour de la place du langage en APP. Chaque apport est pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 par qui parle, \u00e0 savoir, BL pour Bertrand Lessault, SL pour Sophie Leymarie et JC pour Jean Chocat.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> GEASE\u00a0: Groupe d\u2019Entra\u00eenement \u00e0 l\u2019Analyse de Situations Educatives.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> Le mouvement dialogique, en reprenant la position de Bakhtine et cit\u00e9 par Fassier (2013, p. 59) le positionne comme \u00ab\u00a0<em>un processus d\u2019\u00e9volution ininterrompu, qui se r\u00e9alise \u00e0 travers l\u2019interaction verbale sociale des locuteurs<\/em>\u00a0\u00bb. Voir \u00e0 ce sujet le d\u00e9veloppement propos\u00e9 par Salazar Orvig (1999) dans son ouvrage portant sur la question des mouvements du discours.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\"><\/a><\/p>\n<div id=\"themify_builder_content-3178\" data-postid=\"3178\" class=\"themify_builder_content themify_builder_content-3178 themify_builder themify_builder_front\">\n\n\t<\/div>\n<!-- \/themify_builder_content -->","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Bertrand Lessault Docteur en psychologie du travail, sociologie des organisations, IUT Orl\u00e9ans bertrand.lessault[arobase]univ-orleans.fr Jean Chocat Cadre de sant\u00e9, formateur &#8211; I.F.S.I. Jean.chocat[arobase]orange.fr Sophie Leymarie Psychologue clinicienne, CHU de Limoges sophie.leymarie[arobase]chu-limoges.fr R\u00e9sum\u00e9 Cet article questionne, lors de s\u00e9ances d\u2019analyse de pratiques professionnelles (APP), la position du langage comme processus visant d\u2019une part, \u00e0 exprimer la [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[182,4,10,386],"tags":[184,314,155,200],"class_list":["post-3178","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-bertrand-lessault","category-chocat","category-1texte","category-sophie-leymarie","tag-developpement","tag-dialogue","tag-langage","tag-travail","has-post-title","no-post-date","has-post-category","has-post-tag","has-post-comment","has-post-author"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p3VXfJ-Pg","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.analysedepratique.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3178","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.analysedepratique.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.analysedepratique.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.analysedepratique.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.analysedepratique.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3178"}],"version-history":[{"count":8,"href":"https:\/\/www.analysedepratique.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3178\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5011,"href":"https:\/\/www.analysedepratique.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3178\/revisions\/5011"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.analysedepratique.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3178"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.analysedepratique.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3178"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.analysedepratique.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3178"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}