{"id":1584,"date":"2015-02-18T22:23:40","date_gmt":"2015-02-18T21:23:40","guid":{"rendered":"http:\/\/www.analysedepratique.org\/?p=1584"},"modified":"2021-09-26T14:15:39","modified_gmt":"2021-09-26T13:15:39","slug":"lintervention-en-app-dans-les-groupes-institues-objets-mobilises","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.analysedepratique.org\/?p=1584","title":{"rendered":"L\u2019intervention en APP dans les groupes institu\u00e9s : objets mobilis\u00e9s"},"content":{"rendered":"<h3><strong><em><br \/>\nEric Drutel<\/em><\/strong><\/h3>\n<p><em>Psychologue du travail, Lyon<\/em><br \/>\n<em><a href=\"mailto:adresse@mail.com\">edrutel[arobase]gmail.com<\/a><\/em><\/p>\n<h3 align=\"center\"><\/h3>\n<h4><i>R\u00e9sum\u00e9<\/i><\/h4>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019article propose \u00e0 l\u2019animateur d\u2019un groupe d\u2019APP des \u00e9l\u00e9ments pour penser sa place et son action au regard des dynamiques qui agissent sur et par le groupe durant la s\u00e9ance. Quels sont les objets mobilis\u00e9s par l\u2019APP dans les groupes institu\u00e9s\u00a0et quels en sont leurs mouvements ? Des points de rep\u00e8re sont propos\u00e9s avec les apports de trois auteurs\u00a0: a) l\u2019analyse par J.-P. Lebrun des effets de langage sur les institutions et l\u2019activit\u00e9\u00a0; b) les propositions de G. Gaillard et G. Gimenez pour comprendre les mouvements de pr\u00e9dation dans ces groupes institu\u00e9s et comment les sujets s\u2019en d\u00e9gagent\u00a0; c) l\u2019\u00e9tude de Y. Clot sur le rapport de chacun \u00e0 la tradition et comment le collectif en fait retour vers le social.<\/p>\n<h5><em>Mots-cl\u00e9s\u00a0<\/em><\/h5>\n<p>psychanalyse, langage, institutions<\/p>\n<h5><em>Cat\u00e9gorie d&rsquo;article\u00a0<\/em><\/h5>\n<p>Texte th\u00e9orique<\/p>\n<h5><em>R\u00e9f\u00e9rencement\u00a0<\/em><\/h5>\n<p>Drutel, E. (2015). L\u2019intervention en APP dans les groupes institu\u00e9s\u00a0: objets mobilis\u00e9s.<em><em>\u00a0Revue de l\u2019analyse de pratiques professionnelles<\/em>, No 5,<\/em>\u00a0pp. 16-30. http:\/\/www.analysedepratique.org\/?p=1584.<\/p>\n<hr class=\"shortcode hr light-gray\" style=\"border-width:1px;\" \/>\n<a href=\"http:\/\/www.analysedepratique.org\/wp-content\/uploads\/guillaume-villain-revue-app-juin2014.pdf\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft\" src=\"https:\/\/www.analysedepratique.org\/wp-content\/uploads\/download-icon.png\" alt=\"download-icon\" width=\"24\" height=\"29\" \/><\/a><br \/>\n<a href=\"http:\/\/www.analysedepratique.org\/wp-content\/uploads\/eric-drutel-revue-app-mars2015.pdf\">Article en PDF<\/a>\u00a0\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 <a href=\"#co\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.analysedepratique.org\/wp-content\/uploads\/et-info-comment.png\" alt=\"et-info-comment\" width=\"30\" height=\"31\" \/><\/a>\u00a0<a href=\"#co\">Commentaires<\/a><br \/>\n<hr class=\"shortcode hr light-gray\" style=\"border-width:1px;\" \/>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[toc]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous souhaitons que cet article soit lu comme un t\u00e9moignage clinique sur la place de l\u2019animateur en analyse de la pratique professionnelle (APP) mais aussi, en filigrane, une invitation \u00e0 penser la souffrance au travail comme une pathologie de la d\u00e9liaison. Il fait donc r\u00e9ponse \u00e0 nos questions de terrain apparues lors de notre travail d\u2019animateur de s\u00e9ances d\u2019APP.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une institution d\u2019insertion sociale par l\u2019activit\u00e9 nous propose, il y a quatre ans, de conduire un groupe d\u2019analyse de pratique professionnelle. Ce groupe se r\u00e9unit depuis lors, une fois par mois et regroupe les trois encadrants (c\u2019est \u00e0 dire les personnes qui accompagnent sur le terrain les travailleurs en insertion), la charg\u00e9e de projet et la directrice. Il se donne pour objectif de distinguer, lors des s\u00e9ances, les impasses, les difficult\u00e9s, les \u00e9volutions des demandes auxquelles doivent faire face l\u2019\u00e9quipe. Bien que nous nous inscrivons dans le cadre d\u2019un GEASE<sup class='footnote'><a href='#fn-1584-1' id='fnref-1584-1' onclick='return fdfootnote_show(1584)'>1<\/a><\/sup> et tentons d\u2019en respecter la d\u00e9marche, il nous semble que nous sommes, dans le m\u00eame temps, metteur en sc\u00e8ne d\u2019autres dynamiques dont le groupe ne semble pas faire explicitement \u00e9tat. Nous souhaitons t\u00e9moigner d\u2019une \u00ab\u00a0\u00e9coute polyphonique\u00a0\u00bb (Gaillard cit\u00e9 par Henri-M\u00e9nass\u00e9, 2004) qui se tisse au fur et \u00e0 mesure que nous construisons notre pratique, entre notre formation initiale de psychologue du travail et notre apprentissage de la psychanalyse (avec l\u2019organisation psychanalytique le Quatri\u00e8me Groupe). En effet, plus nous sommes sensibles \u00e0 notre r\u00e9alit\u00e9 psychique, plus nous distinguons, par-del\u00e0 les controverses professionnelles g\u00e9n\u00e9r\u00e9es par la question pos\u00e9e au groupe lors de l\u2019analyse, d\u2019autres mouvements, prenant parfois la forme, lors de notre \u00e9coute, d\u2019\u00e9prouv\u00e9s intenses ou d\u2019un double langage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au regard de ces exp\u00e9riences, notre article propose \u00e0 l\u2019animateur d\u2019un groupe d\u2019APP des \u00e9l\u00e9ments pour penser sa place et son action au regard des mouvements dynamiques qui agissent sur et par le groupe dans le temps de la s\u00e9ance. Le moment v\u00e9cu par les participants engag\u00e9s dans une s\u00e9ance d\u2019analyse de la pratique constitue en miroir du moment \u00e9voqu\u00e9, une autre sc\u00e8ne<sup class='footnote'><a href='#fn-1584-2' id='fnref-1584-2' onclick='return fdfootnote_show(1584)'>2<\/a><\/sup>, c\u2019est-\u00e0-dire un lieu pour r\u00e9-\u00e9prouver des affects, des attachements ou des fuites, des confusions avec l\u2019attente croyante que le groupe en fera quelque chose. Soigner, accompagner, enseigner\u00a0: \u00ab\u00a0des missions presque impossibles\u00a0!\u00a0\u00bb (en paraphrasant Freud). En tout cas, un fardeau bien lourd port\u00e9 par \u00ab\u00a0un id\u00e9al de soi\u00a0\u00bb que la r\u00e9alit\u00e9 professionnelle fait souvent vaciller\u2026 Pour les encadrants membres de notre groupe d\u2019APP, ces hommes et femmes en gal\u00e8re professionnelle et\/ou sociale<sup class='footnote'><a href='#fn-1584-3' id='fnref-1584-3' onclick='return fdfootnote_show(1584)'>3<\/a><\/sup>, sont accueillis dans cette association pour construire, tout en travaillant au mara\u00eechage, leur projet professionnel. Un projet qui passe avant tout, par se re-construire une place, dans le groupe de mara\u00eechers, dans l\u2019association, dans la commune, dans la soci\u00e9t\u00e9 civile. Cette offre d\u2019un cadre protecteur permet d\u2019y r\u00e9gresser un temps, voire d\u2019y exprimer une forme d\u2019agressivit\u00e9 permettant aux sujets en souffrance de s\u2019y bricoler un nouvel \u00e9quilibre. Ces demandes et ces \u00e9prouv\u00e9s exposent l\u2019\u00e9quipe de ces \u00ab\u00a0professionnels du lien\u00a0\u00bb aux limites que la r\u00e9alit\u00e9 impose \u00e0 leur imaginaire d\u2019un m\u00e9tier id\u00e9al.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme le souligne Henri-M\u00e9nass\u00e9 (2004), le groupe institu\u00e9 lors d\u2019une s\u00e9ance d\u2019analyse de la pratique vient y d\u00e9poser, comme un miroir, du trouble, des mouvements tr\u00e8s profonds d\u2019attachements ou de rejets pour lesquels les mots manquent aux travailleurs. \u00ab\u00a0<em>Des histoires de rencontres qui d\u00e9clinent \u00e0 l\u2019infini des figures de l\u2019horreur\u2026les mouvements de col\u00e8re, d\u2019indignation, d\u2019incompr\u00e9hension, de d\u00e9tresse parfois<\/em>\u00a0\u00bb (page 11). L\u2019institution tente donc de tenir sa promesse tant bien que mal, en se d\u00e9gageant une modalit\u00e9 d\u2019intervention, un projet de vie entre confusion et violence, c\u2019est \u00e0 dire, en construisant du tiers. Construire du tiers, c\u2019est en quelque sorte remettre de l\u2019ordre (dans tous les sens du mot) dans \u00ab\u00a0la relation\u00a0\u00bb qu\u2019a cette structure d\u2019insertion avec son projet de vie et sa t\u00e2che primaire, tout comme avec la personne en gal\u00e8re pour que celle-ci, puisse \u00e0 son tour, s\u2019y retrouver et cr\u00e9er du nouveau. Il s\u2019agit, pour ces encadrants de s\u2019y retrouver dans cette cha\u00eene de liens tr\u00e8s \u00ab\u00a0confusionnante\u00a0\u00bb \u2013 combien de fois n\u2019avons-nous pas entendu les participants au groupe nous dire \u00ab\u00a0<em>l\u00e0, je sais que je d\u00e9conne mais je vais l\u2019inviter \u00e0 dormir \u00e0 la maison\u2026<\/em>\u00a0\u00bb ou encore une professionnelle aguerrie ne trouvant plus les mots &#8211; et de poser un cadre en faisant face \u00e0 des affects tr\u00e8s forts. Pour ces travailleurs du lien, de la sant\u00e9 ou de l\u2019\u00e9ducation, outiller le m\u00e9tier par l\u2019\u00e9change, partager un sentiment de cr\u00e9ation collective, poursuivre la mission du fondateur, y construire son style&#8230; sont autant de voies n\u00e9cessaires \u00e0 la r\u00e9ussite du projet de vie de l\u2019institution et au maintien d\u2019un savoir-faire tout en permettant de tenir un jour de plus. En r\u00e9sum\u00e9, dans le groupe d\u2019APP, nous faisons parler le m\u00e9tier mais on y vit semble-t-il, quelque chose d\u2019autre, en dessous des mots.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Notre activit\u00e9 d\u2019animateur en APP \u00e9tant de provoquer des \u00e9changes sur le travail, il nous semble int\u00e9ressant de prendre conscience des mouvements sous-jacents qui s\u2019y tiennent. Au-del\u00e0 de la mont\u00e9e en comp\u00e9tences souhait\u00e9e par la direction de cette institution, il nous semble y avoir autre chose \u00e0 reconna\u00eetre, pour nous y retrouver \u00e0 notre tour. C\u2019est pourquoi nous proposons ce parcours \u00e0 travers trois textes qui visent \u00e0 mettre en lumi\u00e8re les dynamiques interpersonnelles \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans un groupe de travailleurs et d\u2019en d\u00e9gager des objets (ou des mises en forme). Trois textes pour trois focales qui partent du cadre g\u00e9n\u00e9ral pour resserrer sur le sujet au travail. Ils nous ont permis de percevoir ce qui se vit sur cette autre sc\u00e8ne, quand le groupe parle m\u00e9tier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous partirons d\u2019un premier texte sur l\u2019institu\u00e9 et ses hi\u00e9rarchies, dans lequel Jean-Pierre Lebrun (2012) distingue ce qui organise le groupe. Nous poursuivrons avec Georges Gaillard et Guy Gimenez (2013) qui explicitent ce que sont ces mouvements entre le professionnel et l\u2019usager et comment le collectif tente d\u2019en conjurer les effets. Enfin, nous terminerons avec Yves Clot (2008) qui porte un regard sur les tissages dans l\u2019action entre le sujet et son r\u00e9pondant du m\u00e9tier, le collectif de travailleurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A l\u2019issue de ce parcours nous proposerons une vignette clinique pour tenter de d\u00e9gager les traces de ces dynamiques \u00e0 l\u2019\u0153uvre au regard de notre parcours th\u00e9orique. Nous montrerons dans les r\u00e9sultats que ces textes nous permettent d\u2019entrevoir comment s\u2019op\u00e8re, sur cette autre sc\u00e8ne qu\u2019est l\u2019APP, des paroles, des discours, des \u00e9prouv\u00e9s permettant aux participants de d\u00e9gager du savoir sur leurs actes. Avant de laisser la parole aux auteurs, nous redonnons ici une d\u00e9finition de l\u2019APP qui a fait consensus lors d\u2019un s\u00e9minaire en juillet 2014 (Drutel &amp; Calmejane-Gauzins, 2014)\u00a0: \u00ab\u00a0<em>L\u2019APP est une d\u00e9marche compr\u00e9hensive impliquant un processus r\u00e9flexif [\u2026]. Visant la compr\u00e9hension de la pratique professionnelle d&rsquo;un sujet professionnel en action, elle s\u2019exerce sur les activit\u00e9s de travail et s\u2019appuie sur leur reconstruction dans le discours, sur leur appr\u00e9hension et leur mise en perspective avec des syst\u00e8mes multi-re\u0301fe\u0301rentiels (syst\u00e8mes de valeur, historicit\u00e9\u0301, dynamique de groupe, etc.).<\/em>\u00bb C\u2019est bien ici notre curiosit\u00e9 : comment et dans quel contexte s\u2019op\u00e8re cette construction par les \u00e9changes ? Nous faisons l\u2019hypoth\u00e8se que cette recherche permettra \u00e0 l\u2019animateur de groupe d\u2019APP de r\u00e9fl\u00e9chir sur son r\u00f4le et son action. Quelle est la part de sa ma\u00eetrise\u00a0sur l\u2019activit\u00e9 r\u00e9flexive du groupe\u00a0? Au regard de notre exp\u00e9rience et du parcours textuel que nous vous proposons, nous montrerons que quelque chose se joue ailleurs, un peu \u00e0 l\u2019\u00e9cart de notre ma\u00eetrise.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette d\u00e9couverte offre la possibilit\u00e9 d\u2019inventer, d\u2019oser, de faire \u00e0 nouveau du nouveau, de renouveler notre pratique \u00e0 chaque s\u00e9ance, en un mot d\u2019entrer dans le jeu.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: justify;\"><strong>1. La mutation du lien social<\/strong> <sup class='footnote'><a href='#fn-1584-4' id='fnref-1584-4' onclick='return fdfootnote_show(1584)'>4<\/a><\/sup><\/h4>\n<p style=\"text-align: justify;\">Jean-Pierre Lebrun est psychiatre et psychanalyste. Son activit\u00e9 le conduit \u00e0 animer des groupes d\u2019analyse de la pratique. En s\u2019appuyant sur les th\u00e8ses de Lacan et de Freud, le chapitre que nous nous proposons de parcourir pose la question du fonctionnement du collectif et de comment faire \u00ab\u00a0institution\u00a0\u00bb dans la soci\u00e9t\u00e9 contemporaine. Tout cela est tr\u00e8s concret, car pour l\u2019animateur en APP, cette question se r\u00e9v\u00e8le dans la demande d\u2019intervention et surplombe toute l\u2019activit\u00e9 du groupe\u00a0: Jean-Pierre Lebrun brosse ainsi le d\u00e9cor de notre intervention en APP. Il y a d\u2019abord la soci\u00e9t\u00e9 qui donne \u00e0 l\u2019individu une fa\u00e7on d\u2019\u00eatre dans l\u2019air du temps (et ceci vient aussi jouer dans le groupe au travail)\u00a0; une id\u00e9e qui a fait son chemin et qui s\u2019est mat\u00e9rialis\u00e9e en une structure solide, <em>une institution<\/em> (un dedans et un dehors)\u00a0; le fondateur et son projet, un quelque chose \u00e0 continuer \u00e0 faire vivre ensemble, et enfin, le langage, ce dispositif \u00e9nervant qui nous oblige \u00e0 prendre le temps de d\u00e9couper la manifestation de nos d\u00e9sirs en un message sans certitude d\u2019\u00eatre compris (m\u00eame de son auteur).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi, dans sa \u00ab\u00a0clinique de l\u2019institution\u00a0\u00bb, Jean-Pierre Lebrun (2012) pose d\u2019abord la question de l\u2019institu\u00e9 au regard du monde contemporain et de notre capacit\u00e9 \u00e0 soutenir les hi\u00e9rarchies malgr\u00e9 le d\u00e9sir commun d\u2019\u00eatre ind\u00e9pendant et \u00e9gal aux autres en actes et en paroles. C\u2019est bien cette sorte d\u2019utopie d\u00e9mocratique, sorte de crise de l\u2019autorit\u00e9 qui caract\u00e9rise la mutation contemporaine du lien social. Pourtant la d\u00e9mocratie est un bienfait \u00e0 condition de ne pas l\u00e2cher &#8211; ce qui peine pourtant \u00e0 \u00eatre reconnu &#8211; l\u2019irr\u00e9ductible de la division, souligne l\u2019auteur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi la fin du mod\u00e8le religieux d\u2019organisation de la soci\u00e9t\u00e9 contemporaine estompe la diff\u00e9rence des places et des sexes.\u00a0Le mod\u00e8le social\u00a0\u00ab\u00a0<em>ne s\u2019organise d\u00e8s lors plus avec la reconnaissance comme allant de soi d\u2019une place diff\u00e9rente des autres que tout le monde reconna\u00eet spontan\u00e9ment comme pr\u00e9valente.<\/em> \u00bb (page 133).\u00a0Ce que doit imposer l\u2019institution, en s\u2019appuyant sur les fonctions m\u00eame du langage c\u2019est bien la diff\u00e9rence des places,\u00a0\u00ab <em>la pr\u00e9valence de l\u2019une d\u2019entre elles<\/em><em>\u00a0<\/em>[&#8230;]\u00a0<em>deux places, celle de celui qui parle et celle de celui qui \u00e9coute<\/em>. \u00bb (page 132).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lebrun souligne, en convoquant Weber et Castoriadis, que le monde capitaliste n\u2019a pu se d\u00e9velopper que sur des valeurs \u00ab\u00a0<em>d\u00e9su\u00e8tes<\/em>\u00a0\u00bb &#8211; petite provocation de l\u2019auteur &#8211;\u00a0 comme l\u2019honn\u00eatet\u00e9, le service de l\u2019\u00e9tat, la tradition du bien-faire<sup class='footnote'><a href='#fn-1584-5' id='fnref-1584-5' onclick='return fdfootnote_show(1584)'>5<\/a><\/sup>. Si l\u2019on peut se f\u00e9liciter de la libert\u00e9 acquise pour chacun d\u2019avoir un parcours singulier, \u00ab\u00a0<em>l\u2019\u00e9mergence de cette absence de place pour le collectif dans la t\u00eate d\u2019un chacun (qui) constitue le moment catastrophique de la mutation qui nous emporte\u00a0<\/em>\u00bb (page 136). \u00a0C\u2019est bien l\u00e0, dans le cadre de notre intervention, dans cette institution (mais aussi dans beaucoup d\u2019autres) ce qui est mis au travail. Prendre la parole dans le groupe d\u2019APP, porter le t\u00e9moignage d\u2019une impasse professionnelle ou d\u2019un dilemme subjectif confronte le groupe \u00e0 ses valeurs, ses h\u00e9ritages, au r\u00f4le de chacun ou au r\u00e9pertoire du bien-faire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En passant peu \u00e0 peu du monde de la parole donn\u00e9e \u00e0 celui des choses, notre culture ultralib\u00e9rale du \u00ab\u00a0laisser faire\u00a0\u00bb a op\u00e9r\u00e9 un renversement de ses structures symboliques et sociales, permettant \u00ab\u00a0<em>la mainmise de l\u2019int\u00e9r\u00eat individuel sur celui du collectif<\/em>\u00a0\u00bb (page 139). C\u2019est ce que l\u2019APP, en re-mobilisant les dynamiques inter-individuelles lors des s\u00e9ances, se propose de remettre en jeu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lebrun nous interpelle\u00a0: \u00ab\u00a0<em>N\u2019avons-nous le choix qu\u2019entre un retour au fonctionnement hi\u00e9rarchique du patriarcat pour inscrire l\u2019incompl\u00e9tude, ou bien la jouissance \u00e0 tout prix d\u2019un lien social organis\u00e9 sur la compl\u00e9tude qui donne la pr\u00e9valence \u00e0 l\u2019imm\u00e9diat\u00a0?<\/em>\u00a0\u00bb (page 141). A minima, cet entrelacement de trajectoires singuli\u00e8res nous condamne-t-il \u00e0 une strat\u00e9gie \u00ab\u00a0<em>d\u2019un vivre ensemble sans autrui<\/em>\u00a0\u00bb\u00a0? (page 143). L\u2019av\u00e8nement de l\u2019individu au premier plan rend notre monde quasi ingouvernable\u00a0: tout le monde souhaite parler et \u00eatre entendu \u00e0 \u00e9galit\u00e9, ce qui corrompt quelque chose de notre vivre ensemble tout en d\u00e9voilant les m\u00e9canismes de langue.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si cette profusion nous fait entendre le chaos \u00e0 travers la description de Jean-Pierre Lebrun, elle nous en d\u00e9voile les ressorts pour nos dispositifs d\u2019analyse de la pratique professionnelle\u00a0: redonner une place au collectif dans la \u00ab\u00a0t\u00eate de chacun\u00a0\u00bb et tol\u00e9rer l\u2019incompl\u00e9tude par l\u2019\u00e9preuve de la mise en mots. Parler c\u2019est choisir ses mots, utiliser le vocabulaire commun, distinguer une chose de l\u2019autre, couper, choisir, se confronter \u00e0 une forme de r\u00e9sistance \u00e0 nos d\u00e9sirs\u2026 Cette impossible totalit\u00e9 du dire maintient ainsi notre aptitude au vivre ensemble depuis une place (solidarit\u00e9, prendre soin, cr\u00e9ation commune d\u2019artefacts). Parce que le langage contient en lui cette incompl\u00e9tude, il nous contraint \u00e0 penser et \u00e0 tol\u00e9rer cette frustration assurant ainsi notre tol\u00e9rance \u00e0 la place \u00ab\u00a0pr\u00e9valente\u00a0\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est l\u2019effet\u00a0 \u00ab\u00a0<em>du verbe contre la barbarie<\/em>\u00a0\u00bb que distingue Jean-Pierre Lebrun, \u00ab\u00a0<em>pr\u00e9cis\u00e9ment parce que le rapport \u00e0 la langue est intimement li\u00e9 \u00e0 la fa\u00e7on dont le sujet s\u2019acquitte de sa dette \u00e0 l\u2019\u00e9gard de ce \u2013 et pas seulement de ceux \u2013 qui le pr\u00e9c\u00e8de(nt).<\/em>\u00a0\u00bb (page 148). L\u2019effet du langage lors de l\u2019intervention en institution (ou dans celui de l\u2019apprentissage du langage en famille puis \u00e0 l\u2019\u00e9cole par exemple) c\u2019est de revivifier la filiation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Faire collectif sans nier l\u2019individu, prendre la parole pour faire vivre l\u2019h\u00e9ritage par le d\u00e9bat est le d\u00e9fi d\u2019un nouveau vivre ensemble de la modernit\u00e9. Une posture de citoyen, de coll\u00e8gue de travail, de membre d\u2019une famille qui n\u2019est pas le retrait au profit du leader \u2013 ce dont r\u00eaverait toute dictature \u2013 mais l\u2019obligation de penser ensemble la confusion, les impasses \u00e0 dire auxquelles nous contraint le langage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est par le parcours de ce chapitre de l\u2019ouvrage de Jean-Pierre Lebrun que s\u2019esquisse notre fonction dans le groupe d\u2019APP et ses premiers objets\u00a0: l\u2019animateur vient donner la parole au m\u00e9tier et aux travailleurs. Par le cadre qui mobilise, il vise le partage de r\u00e8gles de m\u00e9tier, de dilemmes professionnels mais aussi d\u2019\u00e9prouv\u00e9s li\u00e9s \u00e0 l\u2019activit\u00e9 de travail. Ce faisant, la parole mise en jeu y cherche sa place au regard de l\u2019histoire de l\u2019association, de sa mission, de la fonction de chacun. Cette activit\u00e9 langagi\u00e8re de groupe, comme en miroir, offre l\u2019opportunit\u00e9 de d\u00e9coder ce qui se met en jeu dans l\u2019activit\u00e9 de travail et permet que s\u2019invente de nouveaux gestes, de nouvelles postures face aux demandes de l\u2019usager. Le travail de recherche de Jean-Pierre Lebrun fait \u00e9cho \u00e0 nombre d\u2019auteurs qui travaillent sur l\u2019inconscient groupal et le lien qui se tisse entre le social, le groupal et le sujet.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: justify;\"><strong>2. Narcissisme, cr\u00e9ativit\u00e9 et pr\u00e9dation dans les groupes institu\u00e9s <sup class='footnote'><a href='#fn-1584-6' id='fnref-1584-6' onclick='return fdfootnote_show(1584)'>6<\/a><\/sup><\/strong><\/h4>\n<p style=\"text-align: justify;\">Reprenons pour ce second chapitre, l\u2019analogie avec le th\u00e9\u00e2tre. La mutation du lien social et la fonction du langage, th\u00e8mes explor\u00e9s avec le travail de Jean-Pierre Lebrun, nous donne le d\u00e9cor de notre pi\u00e8ce, dans laquelle inscrire les dynamiques interpersonnelles du groupe institu\u00e9 lors de s\u00e9ance d\u2019APP. Sans avoir totalement r\u00e9v\u00e9l\u00e9 l\u2019argument de la pi\u00e8ce (il ne nous est jamais compl\u00e8tement donn\u00e9), la nature des relations des acteurs avec leur environnement va orienter leurs r\u00e9actions possibles et aiguiser notre perception.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous l\u2019avons tous \u00e9prouv\u00e9s dans nos groupes\u00a0: des fois, \u00e7a ne parle pas du tout. Il y a quelque chose qui vient saisir les membres du groupe et r\u00e9duire le collectif au silence ou \u00e0 la r\u00e9p\u00e9tition. \u00c7a ne parle pas, \u00e7a ne nous parle pas, quelque chose n\u2019est pas \u00ab\u00a0juste\u00a0\u00bb et ne permet pas le jeu, l\u2019invention, la cr\u00e9ation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est que la violence est inh\u00e9rente aux institutions du soin et au travail social, soulignent Georges Gaillard et Guy Gimenez (2013), du fait de l\u2019appareillage entre \u00e9quipes et public sp\u00e9cifique d\u2019un c\u00f4t\u00e9 et par son inscription dans une g\u00e9n\u00e9alogie depuis sa fondation, de l\u2019autre. Ce sont ces demandes des sujets en souffrance, ces personnes dans la gal\u00e8re qui demandent si peu et tout qui nous font re-trouver, tout au fond de notre propre histoire, des sc\u00e8nes tr\u00e8s anciennes que sont des demandes absolues et imp\u00e9rieuses de soin et d\u2019amour. \u00ab\u00a0<em>Le fond de destructivit\u00e9 et de barbarie, inh\u00e9rent \u00e0 la constitution du sujet\u2026 est mis en silence dans les cadres et nou\u00e9 dans les liens o\u00f9 s\u2019\u00e9taye le sujet\u2026 la sc\u00e8ne des liens amoureux\u2026 et la sc\u00e8ne o\u00f9 il exprime sa cr\u00e9ativit\u00e9 sociale dont centralement la sc\u00e8ne professionnelle\u00a0<\/em>\u00bb (page 324). En regard de cette destructivit\u00e9, le sentiment de cr\u00e9ativit\u00e9 partag\u00e9 constitue une conflictualit\u00e9 vivifiante et participe au barrage de la n\u00e9gativit\u00e9 de chacun \u00e0 condition de proposer un nouage. C\u2019est ce nouage (en plus de la mont\u00e9e de l\u2019expertise) qui est potentiellement disponible dans les interventions d\u2019analyse de la pratique professionnelle entre \u00ab\u00a0<em>les registres \u00ab\u00a0intra-psychique\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0inter\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0trans\u00a0\u00bb subjectif<\/em>\u00a0\u00bb (page 325) \u2013 c\u2019est-\u00e0-dire le sujet, le collectif et les h\u00e9ritages.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Groupalit\u00e9 contrainte, institu\u00e9e, qui revendique alors &#8211; dans son projet de vie, dans sa t\u00e2che primaire, dans sa volont\u00e9 de recourir \u00e0 des groupes d\u2019analyse de la pratique par exemple &#8211; la mise en \u00e9chec du primat de l\u2019individu par la transformation d\u2019aspirations narcissiques en actes culturels. En se pr\u00eatant au jeu de l\u2019\u00e9laboration sur les transferts (c\u2019est \u00e0 dire, mettre en mots dans le groupe la perception des mouvements qui \u00e9mergent \u2013 images, jeux de langages, affects, cr\u00e9ations de concepts), le groupe s\u2019arrime \u00e0 sa t\u00e2che primaire (la mission de l\u2019institution) et se donne une chance de temp\u00e9rer ces mouvements mortif\u00e8res, en faisant une place pour du creux, pour du manque, en d\u00e9jouant en cela les \u00ab\u00a0pactes narcissiques\u00a0\u00bb identificatoires entre usager et professionnel (pour le dire autrement, on pourrait \u00e9voquer les impasses d\u2019alliances entre professionnel et usager qui s\u2019\u00e9chappent du cadre de l\u2019institution).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Georges Gaillard et Guy Gimenez r\u00e9sument ainsi leur position en convoquant J.-B Pontalis \u00ab\u00a0<em>Lorsque le groupe acc\u00e8de au plaisir d\u2019\u0153uvrer et de penser ensemble, qu\u2019il partage les \u00e9prouv\u00e9s sans s\u2019y confondre, il est alors \u00e0 m\u00eame de tol\u00e9rer une place pour du manque, une place pour du creux, une place pour un f\u00e9minin de liaison<\/em>\u00a0\u00bb (page 325). La conflictualit\u00e9 devient alors vivifiante dans les \u00e9quipes lorsqu\u2019elle est suffisamment ritualis\u00e9e pour potentialiser les mouvements d\u2019ouverture et d\u2019adaptabilit\u00e9 du fait de l\u2019incessante transformation des formes du malaise social que permet la parole. On pense au travail d\u2019Emilie Gr\u00e9goire (2014) sur le r\u00f4le de l\u2019intervenant dans le maintien ritualis\u00e9 du cadre\u00a0: \u00ab\u00a0<em>L\u2019animateur de groupe d\u2019APP est avant tout un professionnel du cadre puisqu\u2019il porte son attention sur la coh\u00e9rence et la stabilit\u00e9 de celui-ci, en m\u00eame temps qu\u2019il est attentif au d\u00e9roulement et \u00e0 la situation groupale. Le cadre conditionne la r\u00e9ussite du processus d\u2019analyse et contribue \u00e0 la dynamique du groupe.<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cadre de l\u2019analyse de pratique professionnelle comme le rappelle Emilie Gr\u00e9goire, mais avant tout, cadre de l\u2019institution elle-m\u00eame, poursuivent Gaillard et Gimenez. Sous l\u2019effet d\u2019une pression \u00e0 r\u00e9duire les co\u00fbts et \u00e0 changer de mod\u00e8le de management, les nominations exogames<sup class='footnote'><a href='#fn-1584-7' id='fnref-1584-7' onclick='return fdfootnote_show(1584)'>7<\/a><\/sup> des directions d\u2019\u00e9tablissements, en faisant rupture des filiations ant\u00e9rieures, stoppent les s\u00e9dimentations des pratiques et bouleversent les l\u00e9gitimit\u00e9s (page 327). Ces mouvements ne sont plus att\u00e9nu\u00e9s alors par la liaison que constitue le partage d\u2019une culture de m\u00e9tier d\u2019un milieu professionnel sp\u00e9cifique. En rupture de la g\u00e9n\u00e9alogie et \u00ab\u00a0<em>de la dette d\u2019alt\u00e9rit\u00e9 qui relie les semblables<\/em>\u00a0\u00bb<sup class='footnote'><a href='#fn-1584-8' id='fnref-1584-8' onclick='return fdfootnote_show(1584)'>8<\/a><\/sup> (page 327), le sujet au travail risque une d\u00e9rive m\u00e9lancolique dans une recherche \u00e9puisante d\u2019une jouissance \u00e0 satisfaire sous la forme non dissimul\u00e9e d\u2019une volont\u00e9 de prise de pouvoir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce cadre de l\u2019institution avec ses rites, ses h\u00e9ritages bien que co\u00fbteux au regard des principes gestionnaires contemporains, n\u2019en a pas moins une fonction essentielle, celle d\u2019un renoncement du sujet \u00e0 sa toute-puissance. Parce qu\u2019 \u00ab\u00a0<em>au niveau des professionnels, tout nouvel arrivant est, d\u2019embl\u00e9e, suspect d\u2019\u00eatre en position de pr\u00e9dateur potentiel<\/em>\u00a0\u00bb (page 328) il ne pourra y r\u00e9ussir qu\u2019en \u00ab\u00a0<em>passant par le groupe<\/em>\u00a0\u00bb expliquent les auteurs. L\u2019exercice professionnel ne peut se faire qu\u2019au prix d\u2019un \u00ab\u00a0<em>indispensable renoncement pulsionnel<\/em>\u00a0\u00bb obtenu par sa liaison \u00ab\u00a0<em>\u00e0 la psych\u00e9 groupale<\/em>\u00a0\u00bb (page 328), ce qui constitue le garant de la non pr\u00e9dation et permet la re-narcissisation de chacun suite aux \u00e9checs possibles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout cela pour distinguer, ce qui se joue dans ce temps de la s\u00e9ance d\u2019APP. Comment le groupe se saisit de la question \u00ab\u00a0technique\u00a0\u00bb pos\u00e9e (ici dans le cadre d\u2019un GEASE) en conscience mais aussi comment le groupe \u00e0 affaire avec d\u2019autres renoncements. Renoncement \u00e0 la toute-puissance, au pouvoir absolu du sujet sur les r\u00e8gles et l\u2019histoire. Autrement dit, le groupe au travail dans le cadre de l\u2019APP vient fabriquer du d\u00e9tachement entre les appareillages trop chauds entre professionnels et usagers de l\u2019institution et permet dans le m\u00eame temps de surmonter les \u00e9checs du m\u00e9tier. Mais tout cela a un prix, celui du respect des r\u00e8gles et des temporalit\u00e9s instituantes. Sans ce cadre, \u00ab\u00a0<em>l\u2019omnipotence refait alors surface<\/em>\u00a0\u00bb page (328). La parole devient performatrice et les fantasmes d\u00e9sinhib\u00e9s \u00e9chappent \u00e0 \u00eatre circonscris par les \u00ab\u00a0<em>pactes ant\u00e9rieurs<\/em>\u00a0\u00bb institu\u00e9s. \u00ab\u00a0<em>L\u2019interdit de pr\u00e9dation et le renoncement pulsionnel ne sont plus garantis<\/em>\u00a0\u00bb (page 329) alertent les auteurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Gaillard et Gimenez nous en disent beaucoup sur notre r\u00f4le et notre fonction dans le groupe d\u2019APP. Loin des strat\u00e9gies tayloriennes, c\u2019est dans les marges, dans les controverses professionnelles et dans une temporalit\u00e9 longue que peuvent travailler ces laboratoires des liens souffrants que sont les institutions de la \u00ab\u00a0<em>mesinscription<\/em>\u00a0\u00bb. Car c\u2019est dans les controverses que la dynamique groupale, m\u00ealant reconnaissance et diff\u00e9rence, permet de faire \u00e0 nouveau, du nouveau. Ainsi, nous voici, animateurs de dispositifs d\u2019APP, d\u00e9crits au c\u0153ur de notre fonction.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est bien cela que vient travailler le dispositif d\u2019APP en offrant un cadre groupale stable et s\u00e9curisant pour les personnels de l\u2019institution. Par-del\u00e0 la mont\u00e9e en expertise, il s\u2019agit bien de \u00ab\u00a0<em>contourner <\/em>\u00bb les impasses gestionnaires qui laisseraient le travailleur seul face aux \u00e9prouv\u00e9s terrifiants (d\u2019apr\u00e8s Catherine Henri-M\u00e9nass\u00e9) de ces professions de <em>l\u2019impossible<\/em> (le mot est de Freud). Et les auteurs de conclure que \u00ab\u00a0<em>tout groupe professionnel a besoin de s\u2019\u00e9prouver comme suffisamment f\u00e9cond\u2026 les professionnels sont alors moins tent\u00e9s de jouer leur propre destructivit\u00e9 dans le lien \u00e0 l\u2019usager et dans le lien aux diff\u00e9rents coll\u00e8gues\u00a0<\/em>\u00bb (page 330). Travailler, c\u2019est renoncer \u00e0 un quelque chose, accepter et construire un cadre avec les autres pour nouer et transformer des mouvements personnels en cr\u00e9ation collective. C\u2019est bien cela qui se d\u00e9roule lors d\u2019une s\u00e9ance d\u2019APP.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: justify;\"><strong>3. Le collectif dans l\u2019individu\u00a0? <sup class='footnote'><a href='#fn-1584-9' id='fnref-1584-9' onclick='return fdfootnote_show(1584)'>9<\/a><\/sup>\u00a0<\/strong><\/h4>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est donc dans le sens d\u2019une production groupale que doit travailler l\u2019animateur en APP. Suivant les travaux de Georges Gaillard et Guy Gimenez, \u00ab\u00a0<em>le groupe doit s\u2019\u00e9prouver comme suffisamment f\u00e9cond\u00a0<\/em>\u00bb.\u00a0 C\u2019est dans cette perspective conjointe de d\u00e9veloppement des sujets et du collectif que nous proposons ce texte d\u2019Yves Clot. Le groupe est le r\u00e9pondant g\u00e9n\u00e9rique du m\u00e9tier venant \u00e0 la fois outiller le sujet pour agir et surplombant le nouvel arrivant pour y lier sa destructivit\u00e9 et son omnipotence au destin collectif. C\u2019est ainsi qu\u2019Yves Clot pourrait en distinguer \u00e0 son tour, les mouvements dynamiques d\u00e9crits plus haut.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0<em>En mati\u00e8re d\u2019analyse du travail, on peut pourtant consid\u00e9rer la question des rapports entre l\u2019individuel et le collectif dans l\u2019activit\u00e9 comme l\u2019une des plus difficiles \u00e0 r\u00e9soudre<\/em>\u00a0\u00bb (page 145) postule Yves Clot (Clot 2008). L\u2019animateur de s\u00e9ance d\u2019APP se confronte \u00e0 une dynamique dont les ressorts sont bien obscurs. Dans une perspective d\u00e9veloppementale, Lev Vygotski propose une voie qui relie ces mouvements interpsychologiques puis intrapyschologiques par le sujet : \u00ab\u00a0<em>L\u2019individu devient sujet psychologique quand il se met \u00e0 employer \u00e0 son propre \u00e9gard les formes m\u00eames de conduite que les autres ont employ\u00e9es vers lui<\/em>\u00a0\u00bb (Clot, 2008, page 146). Yves Clot propose alors de regarder la coop\u00e9ration des travailleurs dans le collectif comme la re-cr\u00e9ation dans la controverse professionnelle d\u2019une histoire toujours refond\u00e9e par les exp\u00e9riences v\u00e9cues individuelles et peu \u00e0 peu s\u00e9diment\u00e9es. Elles prennent alors la forme d\u2019un v\u00e9ritable instrument de travail venant outiller le professionnel face \u00e0 des situations nouvelles\u00a0: il y a toujours du collectif dans l\u2019individu au travail.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est comme \u00ab\u00a0<em>un mot de passe<\/em>\u00a0\u00bb (on pensera ici au Shibboleth de Freud) que partage le collectif de travailleur pour expliciter ou anticiper les actes de l\u2019activit\u00e9 de travail. Lors des s\u00e9ances d\u2019APP se met en mots \u00ab\u00a0<em>un n\u0153ud de significations et d\u2019intonations<\/em>\u00a0\u00bb qui\u00a0 entr\u00e9 dans la chair des professionnels, pr\u00e9-organise leurs actions et leurs conduites \u2013 c\u2019est ce que veut dire \u00ab\u00a0<em>avoir le travail dans la peau<\/em>\u00a0\u00bb. C\u2019est cet intercalaire dans l\u2019activit\u00e9 du sujet que l\u2019on d\u00e9signe par le concept de \u00ab\u00a0genre professionnel\u00a0\u00bb. Il est le \u00ab\u00a0<em>r\u00e9pondant g\u00e9n\u00e9rique du m\u00e9tier<\/em>\u00a0\u00bb qui met le sujet \u00e0 l\u2019intersection du pass\u00e9 et du pr\u00e9sent, il est \u00ab\u00a0<em>cette m\u00e9moire pour pr\u00e9dire<\/em>\u00a0\u00bb d\u2019apr\u00e8s la tr\u00e8s belle formule d\u2019Yves Clot (page 146). Sans ce r\u00e9pondant, le choc avec le r\u00e9el est un effondrement et le collectif reste sans voix et devient une simple collection d\u2019individus. \u00ab\u00a0<em>Il faut simultan\u00e9ment, plusieurs travailleurs, une \u0153uvre commune, un langage commun, des r\u00e8gles de m\u00e9tier, un respect durable de la r\u00e8gle par chacun, ce qui impose un cheminement individuel qui va de la connaissance des r\u00e8gles \u00e0 leur int\u00e9riorisation\u00a0<\/em>\u00bb (page 147) explique Damien Cru (1995) cit\u00e9 par Yves Clot. Nous voil\u00e0 au c\u0153ur de notre activit\u00e9 d\u2019animateur de groupe d\u2019APP posant, par le dispositif, la question des liens entre le collectif et l\u2019individu au regard des exp\u00e9riences de travail. Il s\u2019agit de mobiliser un double mouvement qui vise le d\u00e9tachement de l\u2019exp\u00e9rience du sujet en direction du groupe et son retour comme enrichissant le r\u00e9pertoire des possibles. Cette activit\u00e9 du groupe en APP vient outiller le professionnel au regard du travail bien fait.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour tenir face \u00e0 l\u2019activit\u00e9 de travail, dont les pr\u00e9c\u00e9dents auteurs convoqu\u00e9s nous ont indiqu\u00e9 o\u00f9 s\u2019origine les conflits et tensions (les politiques gestionnaires, les mutations du social, les effets du langage, l\u2019indiff\u00e9renci\u00e9), les registres du genre professionnel &#8211; que sont les r\u00e8gles de m\u00e9tier et la transmission d\u2019une histoire du milieu de travail &#8211; sont toujours expos\u00e9s aux dangers de la d\u00e9liaison. La d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence \u00ab\u00a0du m\u00e9tier au carr\u00e9\u00a0\u00bb suivant l\u2019organisation gestionnaire le d\u00e9vitalise au d\u00e9triment de l\u2019efficacit\u00e9 et de la sant\u00e9. En effet, cette voix de l\u2019histoire du m\u00e9tier continue \u00e0 parler en chacun des travailleurs, leur permettant de distinguer ce qui est \u00ab\u00a0juste\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0d\u00e9plac\u00e9\u00a0\u00bb ou inaccompli dans le m\u00e9tier (page 149). Le genre professionnel, \u00ab\u00a0c\u2019est le m\u00e9tier qui parle\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lorsque les controverses de m\u00e9tier ne sont pas possibles \u2013 du fait d\u2019une organisation\u00a0 rendant le m\u00e9tier aphone \u2013 le collectif ne pouvant faire \u00e9voluer le genre, s\u2019accommode des transgressions nouant ainsi \u00ab\u00a0<em>le cercle vicieux du sous-d\u00e9veloppement professionnel<\/em>\u00a0\u00bb. Chacun ne pouvant plus compter alors que sur lui-m\u00eame est renvoy\u00e9 \u00e0 la fragilit\u00e9 de ses \u00e9quilibres priv\u00e9s, \u00ab\u00a0<em>et il n\u2019est pas rare que les personnes en fassent une maladie<\/em>\u00a0\u00bb (page 150).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A contrario, lorsque le collectif fonctionne, le retrait de l\u2019activit\u00e9 n\u2019est pas un travail solitaire. En se confrontant aux diverses mani\u00e8res de faire, il devient possible \u00ab\u00a0de se distinguer d\u2019eux\u00a0\u00bb et de faire \u00e9merger son propre style d\u2019activit\u00e9. \u00ab\u00a0<em>Avoir du m\u00e9tier suppose de s\u2019affranchir du travail des autres, de se ressaisir vis-\u00e0-vis d\u2019autrui. Mais c\u2019est en r\u00e9p\u00e9tant ses rapports avec eux autant de fois que n\u00e9cessaire pour trouver \u00ab\u00a0l\u2019autre dans le m\u00eame\u00a0\u00bb que le sujet peu devenir un professionnel \u00e0 titre personnel\u00a0<\/em>\u00bb (page 157). Bien s\u00fbr, les travailleurs n\u2019ont pas attendu la mise en cadre d\u2019un dispositif d\u2019APP pour se fabriquer \u2013 parfois \u00e0 grands frais &#8211; des espaces pour faire parler le m\u00e9tier (reconnaissance du travail bien fait) ni pour parler du m\u00e9tier (rencontres \u00e0 la machine \u00e0 caf\u00e9 par exemple). Cependant, nous retrouvons ici, explicit\u00e9s en une formule \u00e9l\u00e9gante, les fondements du dispositif d\u2019APP\u00a0: le cadre et la r\u00e9p\u00e9tition.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u2019objet de pr\u00e9occupation, la pratique groupale (maintenue vivante par la controverse) devient objet de r\u00e9-interpr\u00e9tation et moyen de faire du nouveau. \u00ab\u00a0<em>Le collectif est simultan\u00e9ment \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019individu comme instrument et qu\u2019il s\u2019y d\u00e9veloppe en fonction des \u00e9changes ext\u00e9rieurs dans le travail collectif.<\/em>\u00a0\u00bb (page 154). Ces ph\u00e9nom\u00e8nes sont d\u2019autant plus visibles lorsqu\u2019un nouveau rejoint le groupe, souligne Yves Clot : \u00ab\u00a0<em>dans cette confrontation \u00e0 laquelle le nouveau soumet, m\u00eame \u00e0 leur insu, l\u2019activit\u00e9 de ceux qui l\u2019entourent, par contraste, l\u2019action r\u00e9alis\u00e9e se d\u00e9tache de chacun et, finalement, n\u2019appartient plus \u00e0 personne en particulier<\/em>\u00a0\u00bb (page 157). La voil\u00e0 alors disponible, les sujets peuvent en disposer, se l\u2019approprier, la saisir. On r\u00e9alisera ici l\u2019importance dans les s\u00e9ances d\u2019APP des \u00e9tapes qui visent le d\u00e9veloppement du savoir analyser, permettant de faire jouer de et \u00e0 nouveau, ce d\u00e9tachement de l\u2019activit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une r\u00e9-\u00e9criture, une r\u00e9-appropriation subjective donc. \u00ab\u00a0<em>Le style, loin d\u2019\u00eatre un \u00e9cart \u00e0 la norme, est une reprise et une relance de la r\u00e9p\u00e9tition collective au-del\u00e0 de la r\u00e9p\u00e9tition. Il se rep\u00e8re quand l\u2019action est r\u00e9p\u00e9t\u00e9e sans \u00eatre r\u00e9p\u00e9titive<\/em>\u00a0\u00bb (page 158). La controverse professionnelle rep\u00e9r\u00e9e par Yves Clot n\u2019est pas une r\u00e9p\u00e9tition mortif\u00e8re des m\u00eames patterns mais se propose sans cesse de r\u00e9inventer le m\u00e9tier par une parole qui se risque dans le collectif de travailleurs \u2013 et dans le dispositif d\u2019APP. Ce retour du sujet dans le groupe, ce dialogue entre invention et tradition, c\u2019est le style de chacun qui conserve leur l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 aux formes d\u00e9j\u00e0 fix\u00e9es (page 159).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce genre professionnel qui se construit sans cesse \u00ab\u00a0<em>poss\u00e8de le ressort et la contenance qui permettent \u00e0 chacun d\u2019emprunter aux chaines op\u00e9ratoires et symboliques d\u00e9j\u00e0 constitu\u00e9es ceux de leurs \u00e9l\u00e9ments qui doivent servir \u00e0 constituer une forme nouvelle d\u2019action devant les inattendus du r\u00e9el\u00a0<\/em>\u00bb (page 160). Et c\u2019est l\u00e0 \u00ab\u00a0<em>une ressource d\u00e9cisive pour que l\u2019activit\u00e9 individuelle d\u2019un c\u00f4t\u00e9, et la t\u00e2che <\/em>[dans le langage d\u2019Yves Clot, il faut comprendre la prescription] <em>de l\u2019autre, conservent un devenir\u00a0<\/em>\u00bb (page 161).<\/p>\n<h4 style=\"text-align: justify;\"><strong>4. Vignette clinique<\/strong><\/h4>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce parcours th\u00e9orique s\u2019est propos\u00e9 penser les buts de l\u2019intervention de l\u2019analyse de la pratique professionnelle, dans trois registres\u00a0: l\u2019institu\u00e9 et le social, l\u2019appareillage entre soignant et soign\u00e9, le professionnel dans son groupe et l\u2019\u00e9mergence de son style. Nous proposons une vignette clinique afin de rep\u00e9rer les mouvements et les objets que nous avons tent\u00e9 de d\u00e9crire plus haut.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8211;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Fran\u00e7oise, encadrante-formatrice (arriv\u00e9e depuis un an) dans cette institution d\u2019insertion sociale par le travail interpelle le groupe dans le dispositif GEASE Elle prend donc la parole\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0\u2026 Au moment de proposer \u00e0 Roberto cette consigne de travail\u2026 J\u2019ai eu cette sensation qu\u2019il le faisait parce qu\u2019il \u00e9tait oblig\u00e9. Il parle le fran\u00e7ais\u2026 mais montre vraiment peu d\u2019enthousiasme. J\u2019ai l\u2019impression qu\u2019il me juge, qu\u2019il juge notre mani\u00e8re \u00e0 nous de travailler. Je ne sais plus comment me positionner. Finalement que vient-il chercher ici\u00a0? O\u00f9 est le curseur\u00a0? Quel travail faire avec lui\u00a0? J\u2019ai l\u2019impression que ce que nous faisons ne r\u00e9pond pas \u00e0 sa demande. Cela me pose la question de ce qu\u2019il attend de nous\u00a0? \u2026Comment l\u2019accompagner si tout lui fait violence\u00a0? Du coup je me demande comment g\u00e9rer les diff\u00e9rences de rythmes et de savoir dans mon \u00e9quipe. Comment communiquer sur ses probl\u00e8mes s\u2019il ne parle pas bien le fran\u00e7ais\u00a0? Et comment je r\u00e9ponds \u00e0 cet air d\u00e9sabus\u00e9\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Fran\u00e7oise pose finalement la question au collectif\u00a0: \u00ab\u00a0Comment travailler avec des personnes qui ont un probl\u00e8me social mais pas un probl\u00e8me de capacit\u00e9 de travail\u00a0?\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le collectif au travail \u00e9change sur les hypoth\u00e8ses de compr\u00e9hension et Fran\u00e7oise \u00e9coute\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">&#8211; \u00a0\u00a0 \u00ab\u00a0Roberto, est le chouchou de l\u2019\u00e9quipe en ce moment parce qu\u2019il conna\u00eet notre m\u00e9tier.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 C\u2019est un travailleur sur lequel on peut compter. Il est autonome.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Le cot\u00e9 du travail sur le terrain n\u2019est pas tout. Il y a \u00e0 accepter l\u2019\u00e9quipe, les autres.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 A\u00a0 (nom de l\u2019institution) il y a la consigne \u00e0 respecter, c\u2019est que chacun travaille \u00e0 son rythme.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Situation paradoxale de (nom de l\u2019institution) de produire avec des gens en difficult\u00e9 \u00e0 travailler. Ici le rapport est inverse<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Apprendre le fran\u00e7ais c\u2019est respecter les autres. Roberto ne veut pas aller en cours. Je croyais qu\u2019il parlait pas la langue.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Il y a de l\u2019agressivit\u00e9 envers l\u2019encadrante-formatrice. Respecter la langue c\u2019est int\u00e9rioriser quelque chose des autres. C\u2019est le respect du groupe. Le respect de la hi\u00e9rarchie.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Le manque d\u2019attrait pour la langue, n\u2019est pas le manque d\u2019attrait pour le pays. Roberto aime la France.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Oui, il conna\u00eet bien les arcanes de l\u2019aide sociale. J\u2019ai eu une conversation avec lui, il sait parler de lui de son parcours de vie. Se situer.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Tu nous fais pas du Sarko l\u00e0\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Remarquez, vous dites qu\u2019il tient une conversation, mais il ne conna\u00eet pas le nom des outils\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Il faudrait repr\u00e9ciser le cadre de travail avec lui, ici, on est une \u00e9quipe qui travaillons \u00e0 l\u2019insertion, \u00e0 la construction d\u2019un projet professionnel par notre activit\u00e9\u2026 ce que l\u2019on fait ici n\u2019est pas de la formation au m\u00e9tier\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Oui, il parle le fran\u00e7ais mais il est impossible d\u2019avoir une conversation professionnelle avec lui\u2026 ll ne conna\u00eet pas finalement le m\u00e9tier.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Et lorsqu\u2019il travaille, il travaille quand m\u00eame tout seul.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ca me rappelle le cas de Rachid \u2026. Mais l\u00e0 c\u2019est quand m\u00eame un peu diff\u00e9rent.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Moi In\u00e8s o\u00f9 on avait parl\u00e9 de la question de privil\u00e9gier une personne en connaissant son pass\u00e9 et le rapport au groupe\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 On pourrait quand m\u00eame repr\u00e9ciser notre commande ici. Il y a quelque chose \u00e0 faire par rapport \u00e0 la ma\u00eetrise de la langue dans l\u2019accompagnement au projet professionnel. Pour l\u2019ann\u00e9e 2013 nous avions 40% des personnes qui parlent mal le fran\u00e7ais\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Fran\u00e7oise fait un retour au groupe pour conclure la s\u00e9ance d\u2019analyse mais la conversation s\u2019anime\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00ab\u00a0Il faut qu\u2019on r\u00e9fl\u00e9chisse \u00e0 construire un dispositif o\u00f9 il serait contraint \u00e0 avoir des interactions sociales avec le reste de l\u2019\u00e9quipe des travailleurs. On pourrait lui faire passer l\u2019id\u00e9e que bien qu\u2019il travaille correctement, si il ne parle pas le fran\u00e7ais \u00ab\u00a0technique\u00a0\u00bb il ne pourra pas s\u2019en sortir\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Oui, \u00e7a revient \u00e0 travailler la fa\u00e7on d\u2019une conversation professionnelle avec lui. Parce qu\u2019il ne conna\u00eet finalement pas si bien que cela le m\u00e9tier.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 On pourrait le mettre en charge de conduire le groupe pour\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Sa posture pour l\u2019instant ne r\u00e9pond pas \u00e0 la commande de notre institution. S\u2019il ne s\u2019engage pas dans un projet professionnel, nous n\u2019allons pas le renouveler. Faut qu\u2019on trouve\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Il faut r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 quelque chose\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8211;<\/p>\n<h4 style=\"text-align: justify;\"><strong><br \/>\n5. L\u2019animateur en APP \u00e0 la crois\u00e9e des temps et des lieux<\/strong><\/h4>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au regard des travaux th\u00e9oriques cit\u00e9s plus haut, il nous est possible de reconna\u00eetre dans \u00ab\u00a0<em>la d\u00e9marche compr\u00e9hensive impliquant un processus r\u00e9flexif<\/em>\u00a0\u00bb groupal (Drutel &amp; Calmejane, 2014) \u2013 qui est la pierre angulaire de notre d\u00e9finition de l\u2019APP \u2013\u00a0 les inscriptions (sociales, institutionnelles, interpersonnelles, transpersonnelles) que mobilise notre cadre d\u2019intervention (GEASE). Au regard de notre exp\u00e9rience de terrain et des questions qui \u00e9mergent dans la litt\u00e9rature traitant du cadre ou des \u00e9motions dans l\u2019APP, il nous semble qu\u2019il se joue plusieurs sc\u00e8nes lors d\u2019une s\u00e9ance : l\u2019une \u00ab\u00a0en conscience\u00a0\u00bb qui \u00e9voque le m\u00e9tier et ses r\u00e8gles, et l\u2019autre &#8211; gr\u00e2ce au dispositif qui d\u00e9clenche et prot\u00e8ge \u2013 qui provoque des prises en charge et des re-nouages sans \u00eatre explicitement \u00e9voqu\u00e9s (le groupe travaille cela \u00ab\u00a0tout seul\u00a0\u00bb). Notre pratique nous montre qu\u2019il y a alors dans le collectif de travailleurs la conviction que le m\u00e9tier ne peut se d\u00e9ployer qu\u2019au prix d\u2019un renoncement \u00e0 un plaisir personnel. Ce que nous souhaitons montrer \u00e0 travers ce parcours litt\u00e9raire, c\u2019est qu\u2019il y a du plaisir au travail pour soi avec les \u00ab\u00a0autres en soi-m\u00eame\u00a0\u00bb. Les \u00ab\u00a0autres en soi-m\u00eame\u00a0\u00bb (nous ne savons pas comment l\u2019exprimer sous une formule plus \u00e9l\u00e9gante), il nous semble que c\u2019est la culture. Et la culture, c\u2019est autour de nous ce qui permet de penser le pr\u00e9sent, dans le temps\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Deux dimensions et plusieurs temps donc : un temps d\u2019exposition du cas qui est aussi celui des \u00e9motions qui saisissent le groupe, un temps d\u2019\u00e9laboration sur la place de Roberto qui est aussi le re-nouage de Fran\u00e7oise au groupe, un temps de cr\u00e9ation groupale par un travail de figuration de ce qui s\u2019est pass\u00e9 qui est aussi celui d\u2019un nouvel outillage technique pour l\u2019\u00e9quipe (de nouvelles fa\u00e7ons pour aider Roberto). Quelque chose doit se dire pour en faire de l\u2019histoire \u00e0 refaire. En faire toute une histoire pour r\u00e9-inventer de nouvelles pratiques, faire grandir le m\u00e9tier et les sujets r\u00e9unis lors de la s\u00e9ance d\u2019APP.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi le groupe signifie \u00e0 Fran\u00e7oise les limites \u00e0 re-construire pour r\u00e9aliser le d\u00e9placement n\u00e9cessaire \u00e0 son activit\u00e9 : de sujet souffrant de confusion sur la sc\u00e8ne du travail vers sujet professionnel au travail agissant avec l\u2019expression de la souffrance de cet usager en permettant de tenir leur cadre. Ces effets de coupure \u00e9tant agis dans le groupe (ce sont l\u00e0 des effets performatifs du langage comme nous l\u2019ont montr\u00e9 les auteurs cit\u00e9s), il est possible alors de remettre de la hi\u00e9rarchie, de l\u2019histoire, en un mot du m\u00e9tier et de travailler \u00e0 construire une r\u00e9ponse \u00e0 la demande de Roberto.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par ces quelques notes, nous souhaitons inviter les animateurs de groupe d\u2019APP \u00e0 penser leur place dans l\u2019inconscient du groupe. Les quelques lectures propos\u00e9es illustrent notre questionnement quant \u00e0 nos \u00e9prouv\u00e9s dans le quotidien de notre activit\u00e9 : \u00e9motions, troubles, sensibilit\u00e9s \u00e0 certaines formules, l\u2019intuition que quelque chose d\u2019autre se noue ou se d\u00e9noue. En les distinguant, il nous est possible alors, de mieux percevoir notre place comme tenant d\u2019un cadre et d\u2019un dispositif mais aussi comme mettant en mouvement des m\u00e9canismes qui op\u00e8rent \u201csans nous\u201d. Il s\u2019agit aussi de percevoir le travail de culture qui s\u2019y tisse et combien il est important et n\u00e9cessaire pour les travailleurs de pouvoir tisser des liens entre le social, l\u2019institu\u00e9, et le subjectif.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Car, face aux politiques gestionnaires qui p\u00e8sent sur nos syst\u00e8mes \u00e9ducatifs, de soin, d\u2019accompagnement, notre article s\u2019est propos\u00e9 d\u2019explorer les nouages qui se r\u00e9alisent dans l\u2019activit\u00e9 de travail (entre institution et culture, entre institution et \u00e9quipes, entre \u00e9quipes et travailleurs) afin d\u2019interroger le lecteur sur les rapports entre ce tissage social \u2013 que restaure ou entretient l\u2019APP &#8211; et la sant\u00e9. Au regard de notre pratique de terrain, la souffrance au travail des \u00e9quipes n\u2019est-elle pas \u00e0 entendre du c\u00f4t\u00e9 de ces nouages \u2013 et de la reconnaissance professionnelle &#8211; plut\u00f4t que de la sublimation?<sup class='footnote'><a href='#fn-1584-10' id='fnref-1584-10' onclick='return fdfootnote_show(1584)'>10<\/a><\/sup><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut souhaiter que les animateurs en APP rep\u00e8rent leur place et s\u2019inscrivent dans cette double dimension, d\u2019une parole sur le m\u00e9tier qui construit l\u2019expertise et des nouages intersubjectifs sur \u00ab\u00a0l\u2019autre sc\u00e8ne\u00a0\u00bb, pour r\u00e9sister aux sir\u00e8nes tayloriennes et continuer \u00e0 construire du collectif, en un mot, de la sant\u00e9 au travail.<\/p>\n<h4><strong><br \/>\nR\u00e9f\u00e9rences bibliographiques<\/strong><\/h4>\n<p>Clot, Y. (2008). <em>Travail et pouvoir d\u2019agir<\/em>. Paris\u00a0: PUF.<\/p>\n<p>Cru, D. (1995). <em>R\u00e8gles de m\u00e9tier, langue de m\u00e9tier : dimension symbolique au travail et d\u00e9marche participative de pr\u00e9vention<\/em>. Paris : M\u00e9moire EPHE.<\/p>\n<p>Drutel, E., &amp; Calmejane-Gauzins, C. (2014). Retour sur un s\u00e9minaire. <em>Revue de l\u2019analyse de pratiques professionnelles<\/em>, 4, 75-84. <a href=\"http:\/\/www.analysedepratique.org\/?p=1389\">http:\/\/www.analysedepratique.org\/?p=1389<\/a>.<\/p>\n<p>Gaillard, G. &amp; Gimenez, G. (2013). Narcissisme, cr\u00e9ativit\u00e9 et pr\u00e9dation dans les groupes institu\u00e9s. <em>Bulletin de psychologie<\/em>, 66 (4), 526, 323-332.<\/p>\n<p>Gr\u00e9goire, E. (2014). Le cadre de l\u2019analyse de pratique. <em>Revue de l\u2019analyse de pratiques professionnelles<\/em>, 2, 11-19.\u00a0http:\/\/www.analysedepratique.org\/?p=1046.<\/p>\n<p>Henri-M\u00e9nass\u00e9, C. (2004). Au milieu du fleuve\u00a0: entre le th\u00e9rapeutique et le formatif. <em>Canal psy<\/em>, 64, 10-12.<\/p>\n<p>Lebrun, J.-P. (2012). <em>Clinique de l\u2019institution<\/em>. Toulouse\u00a0: Er\u00e8s.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div><\/div>\n<div><\/div>\n<a href=\"#\" class=\"shortcode button  \" style=\"background-color: silver;\" target=\"\" onclick=\"\"> Haut de page<\/a>\n<b><\/b><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h4><strong>Notes<\/strong><\/h4>\n<div class='footnotes' id='footnotes-1584'>\n<div class='footnotedivider'><\/div>\n<ol>\n<li id='fn-1584-1'> Groupe d\u2019entrainement \u00e0 l\u2019analyse de situations \u00e9ducatives. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-1584-1'>&#8617;<\/a><\/span><\/li>\n<li id='fn-1584-2'> Voir Henri-M\u00e9nass\u00e9 (2004). <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-1584-2'>&#8617;<\/a><\/span><\/li>\n<li id='fn-1584-3'> Voir le documentaire \u00ab\u00a0Se battre\u00a0\u00bb de Jean-Pierre Duret et Andr\u00e9a Santana. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-1584-3'>&#8617;<\/a><\/span><\/li>\n<li id='fn-1584-4'> Dans Jean-Pierre Lebrun,\u00a0<em>Clinique de l\u2019institution<\/em>\u00a0(2014). <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-1584-4'>&#8617;<\/a><\/span><\/li>\n<li id='fn-1584-5'> C\u2019est en effet la hi\u00e9rarchie qui permet \u00e0 chacun de se figurer la primaut\u00e9 de l\u2019ordre du collectif sur l\u2019individu \u2013 position r\u00e9affirm\u00e9e par Weber notamment. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-1584-5'>&#8617;<\/a><\/span><\/li>\n<li id='fn-1584-6'> Titre de l\u2019article de Gaillard et Gimenez (2013). <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-1584-6'>&#8617;<\/a><\/span><\/li>\n<li id='fn-1584-7'> C\u2019est \u00e0 dire, de nommer \u00e0 ces postes de direction des gens qui ne sont pas issus de ce milieu professionnel sp\u00e9cifique. On retrouve alors, \u00e0 la place d\u2019anciens du m\u00e9tier, des gestionnaires. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-1584-7'>&#8617;<\/a><\/span><\/li>\n<li id='fn-1584-8'> On retrouve cette id\u00e9e aussi chez J-P Lebrun. La communaut\u00e9, est le <em>co-munnus<\/em>, le partage \u00e0 cause du manque, la conscience d\u2019une dette aux anciens qui maintient le groupe solidaire. On peut parler aussi de travail de civilisation. Nous avons en partage un reste de souffrance narcissique d\u00fb au renoncement pulsionnel. Cela est n\u00e9cessaire pour construire une civilisation. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-1584-8'>&#8617;<\/a><\/span><\/li>\n<li id='fn-1584-9'> Titre du chapitre lu dans Clot (2008). <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-1584-9'>&#8617;<\/a><\/span><\/li>\n<li id='fn-1584-10'> <span style=\"color: #616161;\">Nous faisons r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 une conf\u00e9rence de Christophe Dejours tenue \u00e0 Lyon en 2012 \u00ab\u00a0Travail et sublimation\u00a0\u00bb. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-1584-10'>&#8617;<\/a><\/span><\/li>\n<\/ol>\n<\/div>\n<div id=\"themify_builder_content-1584\" data-postid=\"1584\" class=\"themify_builder_content themify_builder_content-1584 themify_builder themify_builder_front\">\n\n\t<\/div>\n<!-- \/themify_builder_content -->","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Eric Drutel Psychologue du travail, Lyon edrutel[arobase]gmail.com R\u00e9sum\u00e9 L\u2019article propose \u00e0 l\u2019animateur d\u2019un groupe d\u2019APP des \u00e9l\u00e9ments pour penser sa place et son action au regard des dynamiques qui agissent sur et par le groupe durant la s\u00e9ance. Quels sont les objets mobilis\u00e9s par l\u2019APP dans les groupes institu\u00e9s\u00a0et quels en sont leurs mouvements ? 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